Mise en page 1 - Matin Equatorial

MAtin
N°67 du 6 Mai 2015
500F CFA
EquAtoriAl
Journal d’information et d’analyses. [email protected] / [email protected] Tel: 07.07.78.28/02.07.50.10
Frilosité au sommet de l’Etat
La bourde
d’Issoze Ngondet
C
e document que nous publions n’est pas
un faux. Il occupe une place de choix dans
les informations qui circulent sur la toile.
Il est signé du probable futur Premier ministre
de la République si, comme cela se murmure, le
trophée ne revenait pas dans la province de l’Estuaire pour calmer les Fangs aujourd’hui très
remontés contre le pouvoir depuis l’affaire Mba
Obame et la perte de l’électorat du Grand Nord.
Ce qui choque le plus dans la prose du Premier
ministre par intérim, qui commence certainement mal son apprentissage, c’est qu’il est loin
de servir de fusible dès l’entrée en matière.
Emmanuel Issoze Ngondet sera donc loin d’être
une bonne tête à claques, comme l’est Daniel
Ona Ondo qui sait avaler les couleuvres et se
cantonner à l’inauguration des chrysanthèmes.
Ici, ce n’est pas le gouvernement dont Ona Ondo
est le chef qui fait le constat que toute l’administration a déserté les bureaux par crainte, par
manque de moyens de transport, ou pour aller
accueillir- parce que constituée de militants ou
sympathisants de l’opposition- la dépouille
d’André Mba Obame, mais le chef de l’Etat en
personne. Curieux futur Premier ministre que
ce très proche du chef de l’Etat.n
A-t-on enterré
la République à Medouneu ?
L
a photo circule dans les réseaux sociaux. Elle fait le tour du monde. Le cercueil d’André
Mba Obame a été enfoui sous terre lundi dernier à Medouneu, recouvert du drapeau Gabonais. Ce qui a surpris plus d’un observateur présent sur les lieux de l’inhumation de
l’opposant dont la disparition a plongé le pays dans un climat d’inquiétude, d’incertitude et
drapé de mysticisme, les versions les plus invraisemblables entourant la mort de l’opposant.
Aussi la question qui est posée est celle de savoir s’il était juste et légal, au regard de son statut
que l’on enterrât Mba Obame avec le drapeau Gabonais, et à quelles fins ?n
2 Economie
MAtin
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L’éditorial de Paul Nzogh Bam
S
i les populations
sont venues de divers horizons ethniques, linguistiques,
sociaux et même politiques pour marquer
leur hommage à AMO, il
reste aussi que les populations originaires du
Grand Nord et de l’Estuaire, c’est-à-dire les
Fang, ont massivement
répondu présent. Ceuxci constituant l’ethnie la
plus nombreuse du
Gabon , la question à laquelle personne ne peut
échapper, en particulier
la classe politique gabonaise et tout ce qu’elle
recèle d’experts en stratégies électorales, est de
savoir si cet important
vivier électoral a d’ores
et déjà tourné le dos au
candidat de l’émergence, ou s’il a simplement manifesté un
mouvement d’humeur
passager ?
Cette
mobilisation
confirme, tout d’abord, la
configuration socio-électorale de 2009 qui avait
largement donné AMO
gagnant sur les terres
tique . C’était également
par réalisme politique,
afin d’intégrer cette
tranche importante de la
population à sa politique
et la faire mieux adhérer
à sa vision. Les choses
resteront ainsi jusqu’en
2009, date de sa disparition. Sans véritablement
rompre avec cette « géopolitique », le président
Ali Bongo, nouvellement
installé au pouvoir, va reconduire la « coutume
politique » voulant qu’un
Fang soit à la primature,
en
désignant
Paul
Biyoghe Mba. A la suite
du schisme électoral de
2009 et la mobilisation
inédite des Fangs derrière le principal opposant, AMO, le régime
émergent jeta son dévolu sur le Woleu-Ntem,
où il débusqua d’abord
Raymond Ndong Sima,
comme PM en 2012,
bien qu’ayant tout juste
adhéré au PDG, après
une longue histoire avec
l’opposition, et après lui
Ona Ondo, la « perle rare
», en 2014.
Pour autant, et malgré
L’Emergence et le Grand Nord
fangs, mais elle tend
aussi à signifier qu’électoralement, 2016 pourrait s’annoncer plus
compliquée si l’opposition ou l’un de ses démembrements vient à
présenter un candidat
fang d’envergure. Il y en
a deux ou trois.
Estimée autour de 30%
de la population gabonaise, cette communauté
a toujours été une équation politique particulièrement complexe à
gérer. Dans la durée, elle
apparaît comme ancrée
dans l’opposition ou la
contestation, depuis la
période pré-indépendance, au temps où Léon
Mba et Jean Hilaire Aubame
s’affrontaient,
jusqu’à nos jours. Si le
président Omar Bongo a
créé le poste de Premier
ministre en 1975 pour le
donner aux Fangs, ce
n’était pas simplement
une forme de reconnaissance envers Léon Mba,
qui fut son mentor poli-
cette sollicitude politique
vis à vis du Grand Nord,
le constat est clair que
six ans plus tard, le
Woleu-Ntem se considère toujours à l’écart de
l’émergence. Il estime en
être sinon le « parent
pauvre », avec un bilan en
termes d’acquis économiques, infrastructurels
et sociaux peu visible. .
S’ils sont venus de Makokou, de Lambarené, pour
joindre leur voix à celles
du Nord et de l’Estuaire,
c’est que les Fangs de
toutes origines actualisent aujourd’hui, comme
il y a soixante ans, l’idée
selon laquelle leur communauté tient toujours
tête à l’émergence. Il ne
s’agit pas d’un simple
marchandage politique,
mais de quelque chose
de beaucoup plus profond. Le Woleu-Ntem,
dès lors, est-il perdu
pour Ali Bongo en 2016 ,
et avec lui tout l’espace
vital fang?n
N° 67 du mercredi 6 Mai 2015
Hommage populaire à AMO :
Les absents et les présents…
une unité de façade de l’opposition ?
Arrivant les uns après les autres, les responsables de l’essentiel des forces
politiques de l’opposition ont massivement répondu aux abonnés présents,
soit depuis l’aéroport, soit au stade de Nzeng-Ayong pour rendre hommage
à AMO, secrétaire exécutif de l’UN, tête de pont de l’opposition sociologique
au régime émergent.
S
AGB
i tous les partis d’opposition, certains avec ces
gerbes de fleurs estampillées de phases « AMO, repose
en paix », « regrets éternels »
ou encore la « nation reconnaissante », etc. ont massivement pris part à ces obsèques,
quelques-uns ne se sont pas
fait voir. C’est le cas de l’UPNR,
du MORENA de Bengone Nsi,
etc., quoique certains se soient
rattrapés en se rendant le lendemain à l’hommage organisé
au siège de l’UN à l’ancienne
SOBRAGA ou encore ou à la
Cathédrale
Sainte-Marie.
L’hommage au stade de
Nzeng-Ayong aura été le véritable point culminant de ses
obsèques à Libreville. Du coté
des présents, il faut dire que
les partis politiques sont arrivés selon leur configuration
actuelle. C’est le cas de l’UPG,
venue avec deux délégations,
conduites respectivement par
Bruno Ben Moubamba et Mathieu Mboumba Nziengui ; le
cas aussi du MORENA de Mendou par rapport au MORENA
de Bengone Nsi.
Les présents…
job Divungui Di Dinge, invisible dans les écrans radars depuis un certain temps, a fait le
déplacement…
Si l’opposition, qu’elle soit «
radicale » ou « responsable » a
affiché carton plein, c’est pour
deux raisons, explique un politologue. La première évidente est que la disparition
d’AMO est un séisme politique
dans ce camp. Etre présent à
ces obsèques c’est d’une part
témoigner une forme de solidarité à ce courant de l’opposition, histoire de faire
politiquement correct, mais
d’autre part, montrer à ce
qu’on appelle le « peuple du
changement » sa fidélité au
courant de l’opposition. Parce
que ne pas être à NzengAyong, pour ces figures principales de l’opposition citées,
c’était montrer son allégeance
au pouvoir et avoir peur des
conséquences éventuelles.
Parmi les présents aussi, l’on
notait celle d’Engonga Owono
dit Ebooué. Le prince de
Ndamvaga est-il venu par solidarité communautaire aux obsèques de « mong y’adzè » ou
au contraire, a-t-il par là voulu
signifier au pouvoir et à l’opposition, sa sortie définitive
des rangs du PDG ? Dans le
même registre, le fils de Yefè,
l’ex.-PM Ndong Sima, que l’on
dit proche de cette opposition,
n’a pas non été visible à
Nzeng-Ayong, absence au pays
ou volonté de ne pas franchir
trop tôt le Rubicond ? Cela va
se savoir.
Tout le quota de l’Union Nationale a affiché son carton plein
des grands jours : Oyé Mba,
Paulette Missambo, la famille
Myboto, Mike Joktane, Eyeghe
Ndong…ainsi que le mouvement national des jeunes de
l’UN. Dans ce bal, il faut signaler la présence de Jean Ping,
visiblement préoccupé durant Le syndrome de l’UPG posttout le cérémonial, ainsi Réné Mamboundou va-t-il atteinNdemezo’o, Paul Amoughé
dre l’UN post- AMO?
Mba, Kombila Koumba, Manganga Moussavou, etc., et Did- La disparition du fils du
Woleu-Ntem consacre également la vacance de deux «
postes » : d’abord au sein de
l’UN, le leadership va désormais échoir à qui ? Ensuite, au
sein de Front uni et plus largement de l’opposition, le départ du «candidat de
l’interposition » en 2009 laisse
vacant le poste de chef de file
de l’opposition au régime
émergent. Quand Mamboundou décède en 2012, il y avait
un bicéphalisme entre lui et
AMO. Les deux ayant été
presque ex-aequo au scrutin
de 2009 selon les résultats officiels rendus par la cour
constitutionnelle et qu’ils
avaient toujours contestés.
Seulement à sa mort, le « vide
» ne fut pas énorme au sein de
l’opposition en général, sinon
dans son camps où depuis
lors, c’est le chaos avec des
feuilletons mystico-politicojudicaires à n’en point finir. Le
syndrome UPG va-t-il aussi atteindre l’ « héritage » d’AMO à
l’UN et au front uni ? Une
question qui n’est pas sans intérêt quand on sait aujourd’hui que Ping, les
souverainistes, le lobby fang,
le lobby Nzebi, le courant Mike
Jocktane, etc…s’activent au
sein du parti pour assurer
chacun son contrôle après
AMO. Certains observateurs
estiment que l’UN s’habituait
déjà petit à petit à vivre sans
AMO, du fait de son absence
prolongée. Et que la survenance de sa mort, plonge
certes le parti présidé par Zacharie Myboto dans une affliction et des incertitudes
incontestables, « mais l’UN devrait normalement tenir bon »,
estime un connaisseur des affaires de ce parti.n
Interview 3
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Obsèques d’AMO :
Une mobilisation qui interpelle
le pouvoir émergent…
Scandant les chansons en l’honneur de la figure
de proue de l’Union nationale et de l’opposition
gabonaise en général, André Mba Obame
(AMO), une foule immense, estimée à plus de
50.000 par les organisateurs de l’UN,-chiffre qui
n’a été ni confirmé ni contesté jusqu’ici par les
organes officiels- a envahi mardi 28 avril dernier l’aéroport international Léon Mba et le
stade de Nzeng-Ayong, afin d’accueillir l’arrivée
de la dépouille mortelle du secrétaire exécutif
de l’UN.
S
Alban Moussavou
i la tension était palpable depuis deux semaines, la rencontre
entre le président Ali Bongo
et quelques membres de la
famille du disparu introduits au cabinet présidentiel par Monseigneur Basile
Mvé Engone, archevêque de
Libreville, semble avoir
baissé la pression entre les
deux camps, (pouvoir et opposition). L’on a vu à cet
effet la presse gouvernementale (RTG1 et L’Union)
mettre de l’eau dans leur
vin. Résultat, la diffusion
lundi d’un court reportage
sur le parcours politique
d’AMO, la consécration de
quelques articles et de deux
Unes, dont mardi et mercredi, à l’incontestable évènement politique qu’est la
disparition de l’opposant
numéro au régime émergent. Dans le même temps,
les militants de l’Union Nationale et tous les sympathisants ont eu des attitudes
moins provocatrices ou peu
susceptibles, de l’aéroport
au stade de Nzeng-Ayong, à
l’égard de l’important dispositif sécuritaire (terrestre et
aérien) déployé par le pouvoir pour éviter d’éventuels
gnal fort envoyé au pouvoir
troubles à l’ordre public.
émergent dans la perspective de 2016. La disparition
Une mobilisation pour
d’
AMO n’efface pas dans la
envoyer des messages au
conscience de larges franges
pouvoir
de la population le désir de
C’est d’ailleurs l’un des changement avant ou d’ici
grands enseignements des 2016. Alors que sur certains
journées de mardi 27 et de réseaux sociaux et par des
mercredi 28 avril 2015 mar- SMS, les informations circuquant à Libreville les ob- laient et tendaient à demansèques
d’AMO.
Les der aux populations de ne
échauffourées, violences sur pas s’y rendre parce que
les personnes, destructions l’opposition (UN) préparait
de biens d’autrui, troubles à des actes de violence voire
l’ordre public et parfois… une action insurrectionmort d’homme n’arrivent nelle, et en dépit de la mobique lorsque dans les deux lisation des forces de
camps de l’opposition et du sécurité, qui ont manifesté
gouvernement, l’on laisse une présence dissuasive, il y
des ultra- zélés aux com- a eu une mobilisation
monst3re. Cette foule de 40
mandes.
Libreville a retenu son souf- à 50.000 Gabonais- selon
fle jusqu’au bout pour voir certaines sources non
comment allait se dérouler confirmées officiellementces obsèques. Il y aura eu fi- toutes ethnies confondues ,
nalement plus de peur que qui n’incluent ni ceux qui
de mal. Et tant mieux ainsi. sont restés chez eux, dans
Le second message est un si- les bars ou campés devant
TV Plus et internet pour suivre « en direct » l’hommage
populaire à AMO, quoi que
l’on fasse pour elle d’ici là,
ne changera pas si évidemment que cela de point de
vue. C’est elle que certains
confrères appellent « le peuple du changement » et qui
reste mobilisée à affronter
dans les urnes comme dans
la rue le régime émergent.
Et les discours lus, les slogans n’ont d’ailleurs pas
manqué de souligner « on
ne vous a pas donné 10.000 F
ou un tee-shirt pour être ici,
c’est le cœur qui vous a
conduit… ». A moins de 20
mois de l’élection présidentielle, c’est un message qui
signifie que l’opposition,
avec ou sans AMO, reste
réelle au sein de larges
franges de la de la population gabonaise. En absence
de pragmatisme économique, infrastructurel et
surtout social, 2016 pourrait s’annoncer plus compliquée que prévu.
Des objectifs organisationnels atteints…
Du coté de l’opposition, les
objectifs essentiels de l’organisation à Libreville de la disparition de leur compagnon
de lutte ont été atteints. Il
s’agit notamment de lui rendre un hommage populaire «
mérité » par rapport à la dimension nationale et internationale qu’ils ont reconnue en
lui, mais aussi de démontrer
au pouvoir que la popularité
d’AMO était restée intacte. Et
c’est le sens de la mobilisation populaire qui est partie
de l’aéroport Léon Mba
jusqu’au Stade de Nzeng-
Ayong et qui malgré une
longue nuit de veille rythmée
par des discours, des chorales
chrétiennes et des artistes de
divers horizons linguistiques
du pays n’a pas faibli.
Dans un stade qui a refusé du
monde, ils étaient à même le
sol, sur les chaises, les plus
forts étaient agrippées au
mur du stade, d’autres aux
alentours du stade à telle enseigne que la circulation était
quasiment impossible dans le
périmètre du stade toute la
journée. L’ambition a été
aussi à son comble car ambivalent entre cris, pleurs, mais
aussi slogans , chants mondains populaires. L’on a assisté à un deuil, mais aussi à
une sorte de «liesse populaire
» que les organisations sur
place ont placée fièrement
dans le sens de l’espoir qui
reste présent malgré le départ physique vers l’au-delà.
Dans le camp présidentiel,
certains auront beau jeu de
sous-estimer l’ampleur de
cette mobilisation, pour
n’avoir pas ensuite à chercher
la réponse à y apporter, à
moins de 20 mois de la future
présidentielle. D’autres, mesurant une réalité qui jusquelà était mal connue, puisque
l’opposition n’a pas toujours
eu la possibilité de défiler, se
rendent bien compte qu’il y a
quelque chose à faire, si l’on
veut faire revenir « au bercail
» une bonne partie de cette
population, qui manifestait
autant par conviction politique que pour manifester un
mécontentement passager.
Lequel des deux camps réussira à avoir l’oreille du « distingué camarade» ?n
N° 67 du mercredi 6 Mai 2015
4 Politique
MAtin
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Chronique politique
A l’heure des comptes Visite des chantiers à Libreville
Ali Bongo : la course contre
et des mécomptes
E
t maintenant ? C’est
certainement
la
question que se posent aujourd’hui les Gabonais au terme des
obsèques, en plein cœur
de Medouneu dans le septentrion, de l’opposant
André Mba Obame après
la foire d’empoigne regrettable et frisant l’ignominie
entre un gouvernement de
plus en plus frileux et une
opposition qui trouvait là,
l’occasion de monter en
puissance et de faire douter l’adversaire .
Mba Obame n’est certes
plus de ce monde physiquement, mais son esprit,
son souvenir et son aura
planeront toujours sur le
ciel politique gabonais et
particulièrement dans les
milieux politiques des
deux camps. Mais c’est
dans le Woleu-Ntem que
l’exploitation stratégique
ou malveillante de sa disparition risque d’avoir des
conséquences positives ou
négatives, toujours pour
les deux bords politiques.
Et à l’heure des comptes
et décomptes, nombreux
sont les observateurs de
la vie politique au Gabon
qui prédisent des lendemains difficiles pour le
parti au pouvoir dans le
septentrion. Cette tendance, à les croire, pourrait s’étendre à tout
l’espace vital fang, encore
appelé caricaturalement «
Unifang » dans le jargon
politique. Il ne fait donc
l’ombre d’aucun doute que
c’est sur ce théâtre des
opérations que l’opposition, dont les principaux
leaders s’observent toujours pour l’éventuelle désignation d’un candidat
unique contre Ali Bongo,
concentre son travail.
Il se dit du reste depuis le
12 avril dernier, qu’au regard du traitement supposé ou réel réservé à la
dépouille de l’un des leurs,
et malgré les apparences,
l’électorat fang, quel que
soit la province, n’aurait
pas du tout apprécié et
aura donc sociologiquement du mal à se prononcer pour le candidat
naturel du parti au pouvoir si le vote avait lieu en
2015. Donc cette année.
Que se passera -t-il lors du
vote en 2016 ?
Bien entendu quelques
hypocrites, comme d’habitude s’empresseront de
souffler le contraire à Ali
Bongo, comme pour lui
dire que la situation est
sous contrôle, totalement
maitrisée, et que notre
analyse est un grossier
mensonge. Que ses courtisans qui ont choisi les salons
feutrés
des
somptueuses résidences
de la capitale se souviennent simplement du scrutin d’août 2009 et des
zones de victoires du candidat Ali Bongo sur la
carte électorale, et ils tiendront un tout autre discours que celui qu’ils
s’apprêtent à distiller.
Après tout, si les choses
marchent mal, ils n’auront
pas à en payer le prix..
D’où la nécessité de faire
les comptes et les décomptes, principalement
pour le parti au pouvoir et
sa majorité au sein de laquelle on perçoit des craquements, œuvre des
partis alliés qui expriment
en sourdine leur frustrations et plaintes face au
traitement de misère qui
leur est réservé par le
parti dominant, qui n’aurait besoin de leur services
et soutien qu’en période
de crise.
Le même regard et la
même attention devraient
s’orienter vers le front social dans son ensemble .Il
est en ébullition depuis
plus d’un an sans que le
gouvernement ne semble
trouver les solutions aux
problèmes posés, optant
plutôt pour la politique du
bâton, en lieu et place de la
négociation et la concertation. Ici encore, il n’est pas
évident que si le scrutin
présidentiel avait lieu
cette année le vote des enseignants serait favorable
au candidat du parti au
pouvoir.
Certes Ali Bongo s’investit
grandement dans le domaine des infrastructures
et de la lutte contre la pauvreté. Ce qui est déjà
considérable et en d’autres périodes et circonstances qu’il n’y aurait pas
match, comme le clament
ses partisans.
Il se trouve que la rancœur, la haine, le rejet de
l’autre, le repli identitaire
et le vote tribal s’invitent
déjà au débat. Ces tares
sont tellement enracinées
dans les mentalités de
l’électorat gabonais qu’il
serait imprudent de ne pas
faire des comptes et des
décomptes après les obsèques de Mba Obame.
Nous sommes revenus à la
case départ. Il faut tout reconstruire.n
N° 67 du mercredi 6 Mai 2015
la montre !
Un peu moins de vingt mois avant la fin de son septennat, consacré à une meilleure
redistribution des richesses entre la totalité des Gabonais, le président Ali Bongo
vise un objectif précis à l’échéance 2016: redresser et consolider l’économie gabonaise. Dans ce sens, parviendra-t-il à implanter les équipements nécessaires au développement du Gabon ? Arrivera-t-il à débarrasser le pays de ses pesanteurs
administratives et de ses turbulences politico-judiciaires ?
«
Mo’Mabike
J'ai bien compris qu'il y avait urgence
d'agir vite pour redonner confiance et
favoriser l'émergence d'un nouvel espoir. L'espoir de voir disparaître le chômage,
la précarité et toutes les inégalités (...), l'espoir d'aller dans de bonnes écoles, se faire
mieux soigner, d'être bien logé, de circuler
sur nos routes en toutes saisons, de recevoir
sa juste part des fruits et des richesses», déclarait Ali Bongo lors de son discours d’investiture le 16 octobre 2009.
Cinq ans et six mois après cette déclaration,
le numéro un gabonais a abattu un travail
de titan, englobant presque la totalité des
secteurs économiques gabonais, par rapport à l’état structurel dans lequel le pays
se trouvait déjà à son arrivée au pouvoir.
Aujourd’hui, il multiplie encore les visites
sur les différents sites et chantiers pour
s’enquérir de leur évolution et du rythme
de travail imposé par les entreprises adjudicataires des marchés. Car, il le sait très
bien, beaucoup de ses promesses restent
encore à satisfaire.
Donc, après Port-Gentil et Mouila, le tour
est revenu, le 28 avril dernier, à Libreville.
Dans la capitale, Ali Bongo a tenu à toucher
du doigt la qualité des travaux effectués sur
le tronçon routier PK5-PK13. Une extension qui permettra de fluidifier la circulation des personnes et des marchandises,
des provinces vers la capitale et vice versa.
L’objectif, à terme, étant de partir du PK 0
pour l’intérieur du pays sans trop de difficultés.
Ali Bongo qui sait que le temps ne joue pas
en sa faveur a, depuis quelques semaines
déjà, repris la main autour des chantiers
afin de se rendre personnellement compte
du niveau d’exécution des travaux. Les
structures sanitaires ne sont d’ailleurs pas
en reste, comme le Centre hospitalier universitaire de Libreville où le chef de l’Etat
est descendu lui-même sur le terrain. De
nouveaux bâtiments de cet hôpital public
devraient bientôt être livrés dans le but
d’en accroître les capacités d’accueil.
Dès l’entame de son mandat, de
2009 à 2012, Ali Bongo avait déjà
été au four et au moulin, notamment avec la construction du
stade de l’amitié sino-gabonaise
qu’il avait presque porté à bout de
bras. Le chantier avait été livré en
temps et en heure, avec en prime
le développement de la commune
d’Akanda qui l’abrite. Aujourd’hui,
l’édifice sportif fait la fierté de tous
les Gabonais.
Le talon d’Achille
Sauf mauvaise foi, il faut reconnaître qu’Ali Bongo a cravaché dur
pour élargir le réseau routier gabonais et le rendre praticable en
toute saison. Il a œuvré au renforcement des capacités d’accueil des
hôpitaux, en construisant de nouveaux centres hospitaliers à défaut
de pouvoir les réhabiliter. Les
prestations sociales ont nettement
été améliorées, plusieurs rappels
d’agents de l’Etat apurés, etc.
Même si l’attente dans l’exécution
de plusieurs chantiers fait encore
gémir de douleur de nombreux
Gabonais. Le cas notamment de la
justice et de la lutte contre la corruption sont souvent cités dans ce
registre.
«Je veux un Gabon exempt de la corruption et de l'injustice. Je veux un
Gabon où les élites circulent et se renouvellent. Je veux un Gabon où la
justice est au service de tous», martelait Ali Bongo lors de son discours d’investiture, «je veux un
Gabon où les plus méritants sont récompensés et où la sanction juste
est infligée à ceux qui commettent
des fautes», poursuivait-il alors.
Seulement, à un an et quelques
mois de la fin de son mandat, les
Gabonais n’ont pas en mémoire
que les lignes aient bougé de ce
côté. En effet, les auteurs des
crimes économiques et financiers,
ainsi que rituels, restent impunis
et continuent de déambuler dans
les artères de nos villes sans être
inquiétés.
Du dossier Fodex au crime rituel
perpétré sur un militaire au village
Nanga, en passant par l’affaire Julien Nkoghe Békale, etc., la justice
reste aphone et atone, alimentant
ainsi au sein des populations un
regain d’insatisfaction. Il est donc
plus que temps, à l’instar des autres chantiers du Gabon émergent,
que le président de la République
donne un coup de pied dans cette
fourmilière. D’une part, pour rendre justice et établir la vérité en faveur des nombreuses familles
ayant perdu des proches réduits à
l’état de «pièces détachées» et,
d’autre part pour remettre de l’ordre dans cet Etat désormais détroussé d’une bonne partie de sa
richesse par des budgétivores
tapis dans l’ombre et que la Commission nationale de lutte contre
l’enrichissement illicite (CNLCEI)
n’effraie même pas.n
suppléMEnt éConoMiE
MAtin
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Les petits pas de la simplification :
L’APIEX et
l’e-taxe
L
'administration gabonaise et son mode de
fonctionnement font
l'objet de critiques tant de la
part des entreprises que des
particuliers. L’organisation,
le rôle et les missions de nos
administrations doivent en
effet être repensés et adaptés à un contexte économique en pleine mutation.
C’est sur les administrations
gabonaises que les investisseurs et les entreprises qui
portent l’émergence économique de notre pays d’ici
2025 doivent s’appuyer. La
crise actuelle du choc pétrolier sera-t-elle le leitmotiv
d’un mouvement national de
simplification administrative
tous azimuts ?
L'administration gabonaise a
connu
depuis 2009
quelques réformes audacieuses. Des expériences innovantes sont menées dans
de nombreux domaines en
termes de simplification. Le
processus reste porteur
même s’il est balbutiant.
C’est le cas de l’APIEX et de
l’e-taxe.
Sommaire
Pacte national de compétitivité :
La crise, une opportunité
pour se réveiller
Lire en pg. II
Sortir du saupoudrage et
des ajustements budgétaires
Lire en pg. II
Contrer les obstacles au PNAC :
Changer d’approche et
réunir les parties prenantes
Lire en pg. III
Economie
La lourdeur des procédures,
un frein au développement
du secteur privé
Lire en pg. IV
Le sillage d’un nouveau
cadrage macroéconomique
du PSGE
Lire en pg. V
Lutte contre le chômage :
Vers l’adéquation
formation-emploi
Lire en pg. VI
Lire en pg. VII
Promouvoir et systématiser les
normes Qualité « made in Gabon »
L
uxe ou effet de mode ? La réponse peut paraître bizarre de dire ni l’un, ni l’autre. Et
pour cause ? Le Gabon vit de l’exportation
de ses matières premières. Le vent de diversification insufflé depuis 2009 par le président
Ali Bongo va dans le sens d’augmenter les produits (biens et services) des entreprises opérant au Gabon. Dans une économe fortement
concurrentielle, où il nous faut attirer les investisseurs et les clients (asiatiques, européens et
des pays du continent), la qualité ne saurait ne
pas être au rendez-vous. « Made in Gabon » ou
« je suis fabriqué » doit être la marque qui promeut de la qualité, de la fiabilité du Gabon.
D’autres pays comme le Rwanda font figure de
« bons élèves » auprès des leurs.
Lire en pg. VIII
II économie
MAtin
EquAtoriAl
Pacte national de compétitivité :
La crise, une opportunité
pour se réveiller
De 1986 à 2010, ce ne sont pas moins de quatre plans d’ajustement structurel que l’économie gabonaise a connus sous les auspices du Fond monétaire
international (FMI). En réalité, les politiques, en dehors de la vague des privatisations de la décennie 1996-2006, n’ont pas suffisamment tiré les leçons
du passé pour réinventer le modèle économique du pays.
C
P.N
ela fait plus de vingt ans
que l’on parle de la « diversification de la base
productive » ou de «la diversification économique », mais
sans véritablement engager
au fond une telle démarche, si
ce n’est ces six dernières années. Ce ne sont pourtant pas
les diagnostics qui ont manqué avec les cabinets privés,
les plans sectoriels, l’ancien
haut commissariat au plan...Le
Plan Gabon 2025, ou le Document spécial de réduction de
la pauvreté et de la croissance,
daté de 2005, ainsi que plus
tard, le Plan stratégique Gabon
émergent (PSGE) ont posé des
diagnostics sans complaisance
et surtout, notamment dans le
PSGE et ses « annexes sectorielles » (infrastructures, industries) ont développé des
pistes de transformation économique du pays. Peu appropriés par tous et finalement
peu mobilisateurs de tous, la
plupart de ces « plans » ont
pêché dans leur exécution : retard, report, financement,
adhésion des administrations
et de la société civile...Mais
tout n’est pas encore perdu. Si
la crise mondiale du secteur
pétrolier est une mauvaise
nouvelle dans le temps court,
les ressources et atouts économiques du Gabon restent intactes. La boussole nationale
vers le développement, le
PSGE, est plus que jamais d’actualité.
Avec la mise en œuvre effective du PNAC, les gains attendus sont à court et moyen
termes: l’amélioration de la
notation des agences, et donc
la possibilité d’emprunts à
l’extérieur plus souples pour
le pays, l’amélioration des
classements dans les rapports
(Doing business et autres) et
donc des IDE plus évidents rapidement, etc., une croissance
des entreprises avec des effets directs sur l’emploi et le
PIB, des recettes fiscales en
augmentation pour l’Etat, etc.
Or, c’est la première fois qu’un
« plan » concocté localement
par l’administration et le gouvernement sort des tiroirs
pour faire face à la crise de la
baisse des prix du baril de pétrole. Comme d’autres pays, le
Gabon ne l’a pas vu venir et en
a sous-estimé l’importance,
malgré quelques mises en
garde, en 2014, par les
agences et places financières
internationales. Le gouvernement avait été trop optimiste,
au dernier trimestre 2014, en
élaborant une loi de finance
sans véritablement envisager
une baisse de plus de 50% de
la valeur, à l’époque, du baril
de pétrole. Mais, dès janvier,
l’on découvrait la profondeur
de cette crise et ses conséquences sur le budget, l’ordre
social (promesses faites aux
travailleurs sur les salaires, et
aux populations vulnérables
sur l’institution de revenus solidaires) et économique
(confiance des investisseurs
sur la signature du Gabon,
pour relancer les projets et
chantiers
structurants
connaissant un ralentissement ou un arrêt depuis plus
d’un an).
L’on attend donc un « choc »
des réformes sur l’impôt, les
procédures administratives, le
droit du travail et la formation
professionnelle, des mesures
urgentes à caractère économique et financier pour les
PME/PMI gabonaises et les
majors, pour protéger la crois-
sance et donner un coup de
pouce à l’emploi. C’est aussi
renforcer la compétitivité de
l’économie gabonaise par des
mesures dans certains secteurs
de
l’économie
(forêt/bois, BTP, services). Le
Plan national d’ajustement de
la Compétitivité doit mettre le
gouvernement et les gabonais
au travail.n
Sortir du saupoudrage et des ajustements
budgétaires
L'absence d'un réel débat sur la crise pétrolière actuelle et le système financier pour financer la diversification
de l’économie est un remède dont on se passe inutilement. Que ce soit au sein du parti au pouvoir, le PDG,
dans l’opposition, ou même au parlement, il semble que la question de la crise reste du seul ressort du gouvernement.
O
P.N
r, cela est faux. Il ne s’agit
pas d’un enjeu politique,
au sens que cela ne
concerne que l’exécutif qui doit
trouver les remèdes à y apporter. C’est un défi que le pays
doit relever dans toutes ses
composantes. C’est donc aussi
une question de construction
de la démocratie au Gabon. Si
l’opposition-voire la déclaration de Casimir Oyé Mba- a effleuré le problème, il faut une
démarche portée par les politiques, la société civile et les
médias pour que les Gabonais,
qui s’imaginent que le Gabon
est riche de façon illimitée- une
utopie inconsciemment entretenue- soit contradictoirement
édifiés sur la réalité de l’économie et des finances publiques.
Demande de hausse de salaire
par là, demande de primes par
ci, tout y passe parce que «
mon peuple meurt à cause de
l’ignorance » pour reprendre,
en substance, les écritures bibliques.
Si le plan national d’ajustement
de la compétitivité est une proposition gouvernementale, a-til été disséqué par le
parlement, l’opposition, et la
société civile ? Cette question
N° 67 du mercredi 6 Mai 2015
est d’autant plus importante
qu’il faut se demander comment, de façon concrète, audelà de la loi de finance
rectificative, le Gabon va-t-il
faire ? Ce que le pétrole à 100
dollars le baril n’a pas pu permettre de faire, le gouvernement le peut-il aujourd’hui ?
Rien n’est moins sûr. L’on attend donc de celui-ci de sortir
de la « rigueur », sinon de l’austérité budgétaire (mise à disposition par tranche de 15 à
25% du budget de l’Etat, avec
un « gel » des dépenses d’investissement) pour durablement aller vers de véritables
réformes structurelles. Et ce,
quand on sait les lacunes en
matière de répression des
fraudes fiscales et des malversations financières...
A quand donc, sur la base du
plan d’ajustement de la compétitivité, aura-t-on enfin une «
grande loi » de relance économique et de l’emploi, pour boucler le septennat actuel avec un
fléchissement de la courbe du
chômage et des marges budgétaires plus consistantes ?
En effet, l’on est dans un système de coupes sombres dans
le budget. L’on se trouve en
cette année 2015 plus dans
une logique de suppression de
postes de dépenses qu’à la recherche de création de richesses; avec des moyens
réduits pour des administrations ne disposant pas toujours
au départ de l’équipement de
base (ordinateurs, encre ,papier, mobilier), la réduction sur
les budgets de fonctionnement,
comme technique de réalisations des économies est
conjoncturellement acceptable, mais elle ne garantit pas la
performance des administratives censées appliquer la BOP
cette année, ni la pertinence
pour attirer des investissements nouveaux pour financier
l’économie . Si cette méthode
paraît urgente, ne risque-t-elle
pas d'aboutir, par les effets de
contraction induite, à une
baisse des budgets publics en
réalité plus importante et à de
véritables difficultés à mettre
en œuvre des politiques publiques (pacte social, atteinte
des résultats sectoriels, niveaux de recettes fiscales recherchés) ? Enfin, à part les
secteurs sensibles, l’Etat ne
modifiera pas substantiellement cette année sa politique
de gel des recrutements suivie
depuis 2012. La création de
nouveaux postes dans plusieurs ministères paraît difficile à mener avec un tel
cadrage macroéconomique et
budgétaire. n
économie III
MAtin
EquAtoriAl
Contrer les obstacles au PNAC :
Changer d’approche et réunir les parties prenantes
Passer de la culture de la rente à la culture de la production, pour libérer les
énergies nationales, s’extraire du carcan de l’or noir, tel est l’objectif du plan
d’ajustement pour la compétitivité (PNAC) arrêté lors du séminaire gouvernemental de la Pointe-Denis les 25 et 26 février 2015.
L
Vincent Eyi
e PNAC se veut, face aux dangers qui guettent la sécurité
économique et budgétaire
du pays, une réponse pragmatique au besoin d’accélération des
réformes nécessaires à la diversification économique.
Le PNAC porte sur cinq grands volets : la simplification des procédures, la rationalisation fiscale, la
réforme du droit du travail et de la
formation professionnelle, la mise
en place d’une cellule de facilitation des investissements publicsprivés, et le développement des
normes de qualité dans les secteurs privé et public.
En partant des 5 niveaux de développement économiques identifiés par le Forum économique
mondial (niveau 1 : économie extractive, transition de 1 à 2, niveau
2 : économie productive, transition de 2 à 3, niveau 3 : économie
innovante), le Gabon se situe actuellement au niveau ‘‘transitoire’’
de 1 à 2. Les mesures du PNAC visent donc à le monter au stade 2,
c'est-à-dire au niveau des économies qui produisent. Si le niveau 1
regroupe l’ensemble des pays
africains (Benin, Burkina, Burundi, Cameroun, Tchad, Ethiopie,
Ghana, Guinée Conakry, Liberia,
Madagascar, Malawi, Mali, Nigeria,
Rwanda, Sénégal, Sierra Leone,
Tanzanie, Zambie), il est étonnant
de voir qu’en dépit des difficultés
structurelles, le Gabon est classé,
dans l’ensemble africain, au stade
‘’transitoire’’ entre le niveau 1 et 2
avec l’Algérie, le Botswana,
l’Egypte et la Libye.
Le niveau 2 regroupe le Cap Vert, l’Ile
Maurice, le Maroc, la Namibie et
l’Afrique du Sud.
L’enjeu du PNAC n’est pas simplement une question d’amélioration
du classement du Gabon parmi les
économies africaines, mais essentiellement de débloquer les secteurs qui ont freiné au cours des
dernières décennies, le décollage
économique du pays. Les freins
dans l’offre de formation, dans le
financement des entreprises et de
l’industrie, dans le fonctionnement des structures administratives (lourdeurs et complexité des
procédures), le système fiscal.
C’est aussi lever l’étonnant
manque entre le potentiel des res-
Le cadre macroéconomique et budgétaire du Gabon :
Le regard extérieur est plutôt critique
Bien que dans la plupart des rapports officiels des agences et d’autres organismes, la situation économique
du Gabon soit globalement présentée avec des « perspectives stables », il n’en demeure pas moins que le regard de ces agences (Ficht Ratings, Mood’ys, Standards and Poor) et des partenaires financiers (FMI, BAD,
BM) est plutôt critique dans le fond.
P.N
Les principaux griefs
L’évolution de nos politiques économiques et budgétaires, croisées
aux dépenses d’investissement public, sociales et de la dette, tendent
à remettre en cause la viabilité à
court terme des finances publiques, et à créer des tensions
budgétaires. Ce qui contraint au recours systématique à l’endettement pour « boucler » les budgets
et « tenir ». L’ajustement budgétaire qui avait pris fin en 2010 avait
permis de diminuer progressivement le niveau de la dette publique
gabonaise (extérieure et intérieure). En 2010, après une longue
période de croissance économique
médiocre, le président Ali Bongo
lançait le Plan Stratégique Gabon
émergent (PSGE), pour transformer le Gabon en une économie de
marché émergente et diversifiée à
l’horizon 2025. L’engagement de
l’Etat qui s’en est suivi, à travers les
projets et chantiers structurants, a
permis de relancer la croissance du
PIB entre 2011 et 2014. Celle-ci est
passée de -1% avant 2009 à +5 ou
+7% du PIB selon les sources, pour
les années suivantes. Le choc produit par la chute du prix du baril
de pétrole va avoir une incidence
directe sur les caisses de l’Etat dès
2015. De quoi susciter quelques inquiétudes quant à la capacité de
l’Etat à faire face à la demande sociale actuelle. Selon certains scénarios, masse salariale et dépense
sociale (PIP, revenus sociaux solidaires, AGR, gratuité de l’électricité
pour les familles économiques faibles), pourraient, si l’on y prend
garde, connaître une forte augmentation. Il faut donc s’attendre à des
difficultés économiques relativement importantes. Car, avec des
recettes budgétaires plus faibles ou
des excédents extérieurs courants
moins élevés par rapport aux projections du gouvernement avant la
crise, l’on s’achemine, inéluctablement, vers une augmentation
considérable des indicateurs d’endettement, bien au-delà du plafond
de 35 % du PIB communément
admis par les institutions financières internationales (28% du PIB
actuellement).
Ce qu’il faudra faire d’après les
observateurs économiques...
Pour Standard and Poor’s, sur la
période 2015-2017, la croissance
du Gabon ne devrait pas dépasser
le seuil de 5,8%. De plus, la dégradation de la note crédit (capacité à
rembourser) du Gabon n’est pas
exclue. Un contexte économique
qui s’explique par la baisse des
cours du pétrole. Le cap doit être
mis sur la diversification avec notamment l’appui au secteur nonpétrolier : foresterie, extraction
minière (manganèse, or et fer),
dans lesquels les opérations à valeur ajoutée ne cessent d'augmenter. Pour Fitch Ratings, les
politiques économiques et budgétaires du Gabon doivent aller dans
le sens de la réduction de la dette
publique ou une accumulation
d’actifs souverains, afin de fournir
un coussin contre les chocs des
prix des produits de base. Mais il
faut, d’autre part, aller vers l’amélioration de la gestion des finances
publiques et l’amélioration plus
large dans les niveaux de gouvernance et de transparence, et dans
la diversification de l’économie sur
le long terme. Ces réformes sont
urgentes pour réellement tenir à
long terme face au choc des prix du
pétrole. Quant à l’agence Moody’s,
elle a établi une lecture moins brutale. Elle souligne un bilan financier solide et un cadre monétaire
prudent et effectif (endettement
modéré à 28% du PIB) avec de solides perspectives de croissance
(plus de 5 % en 2015) et une vulnérabilité réduite aux chocs externes, en raison notamment de
l'appartenance du pays à la zone
CFA. Mais, dans son diagnostic, elle
revient sur la nécessité d’améliorer
le cadre institutionnel, en particulier en ce qui concerne la gouvernance privée et publique, ainsi que
l'environnement des affaires, la diversification de la base productive
de l'économie. Elle insiste aussi sur
la nécessité de réduire les inégalités de revenus.
Pour le FMI, le Gabon doit aller
vers trois pistes de réforme : la politique budgétaire, les politiques
structurelles et le secteur financier.
En matière budgétaire, le Gabon
doit, selon lui, adopter d’urgence
une série cohérente et intégrée de
mesures portant notamment sur
la compensation de la perte des recettes pétrolières par l’élargissement de la base d’imposition (fin
des niches fiscales), la maîtrise de
la masse salariale, et la suppression progressive des subventions
aux carburants, le changement de
cap en matière d’investissement en
ciblant désormais la « qualité » des
projets à prioriser. Concernant les
politiques structurelles, le FMI
conseille de créer une croissance
qui allie lutte la contre la pauvreté
et le chômage. Les réformes structurelles qu’il préconise concernent
l’élimination des goulets d’étranglement infrastructurels, surtout
dans le secteur des transports et de
l’électricité, ainsi que l’amélioration du climat des affaires, en rehaussant la qualité de l’éducation
et de la formation professionnelle
pour que les qualifications correspondent mieux à la demande, et en
réformant le cadre légal et réglementaire de manière à soutenir la
création d’emplois dans le secteur
privé. Enfin, en matière financière,
ce qu’il faut faire, selon le FMI, c’est
d’éliminer les blocages auxquels
les PME/PMI et les ménages gabonais sont confrontés pour avoir
accès aux services financiers (DAT,
garanties hors de portée, taux de
remboursement très coûteux), et
cela en améliorant l’environnement institutionnel du crédit.
Si le Gabon veut continuer à être
‘’fréquentable’’ par les bailleurs de
fonds, et surtout à en attirer d’autres pour concrétiser sa stratégie
d’industrialisation et tenir face aux
pressions sociales, le PM Ona Ondo
et son gouvernement, disposent là,
en plus du PNAC, de toute une série
d’utiles orientations et conseils.n
sources économiques du pays, le
portefeuille projet actuel du PSGE
et l’absence d’une « pluie » de financements d’origine étrangères
(IDE) comme en bénéficient d’autres pays comme la Côte d’Ivoire,
le Maroc, le Sénégal auprès de
banques internationales, de partenaires bilatéraux et d’institutions internationales (BAD, FMI,
BM).
Si des initiatives comme le PNAC
n’ont pas manqué par le passé
(PAS, Gabon 2025, DSCRP), un
facteur déterminant pour leur
implémentation leur a cependant
fait défaut : leur appropriation par
les acteurs et la synergie dans
leur mise en œuvre. Comme le
souligne le Coordonnateur génaral du Bureau de Coordination du
PSGE, Yves Fernand Manfoumbi,
avec le PNAC aujourd’hui, «L’enjeu
est d’offrir les conditions d’un engagement plus important du secteur
privé dans la stratégie d’émergence ». Le but est de fédérer,
structurer les acteurs économiques et industriels afin de créer
des synergies. Cette union autour
d’un objectif permettra au Gabon,
pendant la mise en œuvre du
PNAC, de présenter un nouveau
visage économique sur le moyen
terme, et donc de devenir plus
compétitif, autrement dit davantage capable de capter des aides
et financements directs étrangers,
et de créer des emplois nouveaux.
L’on va donc vers un nouveau
pacte national entre le secteur public et le secteur privé au Gabon,
qui s’engagent mutuellement à
s’impliquer pour une réussite
commune dans le cadre de la stratégie d’émergence. Le PNCA prévoit, pour la première fois, un
Haut conseil de l’investissement,
qui mobilise, autour du président
de la République, les parties prenantes public-privé pour la réussite des réformes. A l’intérieur de
celui-ci, il faut s’attendre à ce que
les questions fiscales, de TVA,
d’embauche, de financement, etc.
soient discutées rapidement dans
une première phase de mise en
œuvre pour lancer le PNAC.n
N° 67 du mercredi 6 Mai 2015
IV économie
MAtin
EquAtoriAl
La lourdeur des procédures, un frein au
développement du secteur privé
La lourdeur des procédures administratives est un frein important au développement des activités du secteur privé. Pour y remédier, le Plan national d’ajustement de la compétitivité a retenu un programme dédié à la simplification des
procédures administratives.
Pierre Ndoumou
C
omprendre la portée de
ce plan suppose au préalable de connaitre les
points faibles de notre appareil
administratif et l’impact financier (coût) de la lourdeur et de
la longueur des procédures administratives. Le programme
du PNAC en matière de procédures administratives a pour
objet de faire du Gabon l’un des
pays les mieux classés en
Afrique centrale pour la rapidité et le prix modéré des démarches administratives.
C’est dans le classement du
Doing Business du FMI que le
PNAC a puisé sa stratégie. C’est
donc la prise en compte d’un
diagnostic accablant de notre
administration. En effet, à titre
d’exemple, il ressort que le
Gabon est le pays de la CEMAC
où il faut compter le plus de
temps pour obtenir un permis
de construire (209 jours),
comparé au Tchad (207 jours),
à la République centrafricaine
(200 jours), à la République du
Congo (168 jours), au Cameroun (158 jours) et à la Guinée
Equatoriale (144 jours). Le
classement global relativement bon du Gabon (84ème
pays/189) s’explique par le
faible coût du permis de
construire relativement au re-
venu/habitant. Mais, dans le
quotidien, cela reste un vrai
parcours du combattant.
Dans le secteur fiscal, la lourdeur des procédures administratives fait perdre à notre
pays un certain attrait et donc
en compétitivité. Les investisseurs qui se rendent au Gabon
n'ont jamais cessé de remettre
en cause le fonctionnement du
système fiscal des incitations.
Ce constat ressort aussi des
Type de procédure
Durée
Classement du
Gabon
Enregistrement de
la propriété foncière
Création/modification juridique d’une
entreprise
Obtention d’un permis de construire
6 procé165e /189 pays
dures/103 jours
7 procé1125e /189 pays
dures/50 jours
11procé84e /189 pays
dures/209 jours
prises de position des organismes patronaux (CPG,
PME/PMI). En effet, les différentes mesures fiscales prises
jusqu'ici n'ont pas été aptes à
soutenir l'investissement de
manière durable. Non pas
parce qu’elles n’étaient en soi
pas adaptées aux besoins des
opérateurs économiques, mais
à cause de la lourdeur et de la
longueur des procédures administratives, qui vont de paire
avec la faible médiatisation de
ces mesures et le pouvoir discrétionnaire des services
concernés. Limitant ainsi l’accès des opérateurs pour accéder à l’un des régimes fiscaux
incitatifs ou privilégiés auquel
ils peuvent être éligibles.
Aussi, notre système fiscal actuel continue de faire l'objet de
certaines insuffisances, sinon
de vives critiques. n
Les procédures d’urgence à simplifier d’ici 2016
La simplification des formalités et des procédures administratives prévue dans le Pacte national d’ajustement de la compétitivité
(PNAC) consiste en une série de mesures pragmatiques et concrètes destinées à faciliter les procédures et formalités administratives des entreprises et des particuliers.
L
A.M
e PNAC vise à terme
l’harmonisation des modalités et des délais des
procédures administratives
prioritaires (économiques), le
développement de l’administration électronique (dématérialisation), et la création d’un
guichet unique.
Les objectifs d’ici à 2016
Le programme de simplification du PNAC doit permettre
au Gabon d’avoir un avantage
comparatif dans la sous-région, en termes notamment
de gain de temps et d’argent
pour les entreprises et particuliers, mais également pour
l’administration. Il va dans le
même temps accroître l’attractivité de l’économie gabonaise, qui attirera de
nouveaux investisseurs en limitant leurs éventuelles réticences à venir se confronter à
un système administratif
complexe.
Types de procé- Action de
Impact classement
dures priorisimplification Gabon en 2016
taires visées
Doing Business
Enregistrement
de la propriété
foncière
1 procédure
unifiée
15 jours
1er pays d’Afrique
centrale
Création juridique d’une entreprise
1 guichet
unique
1 semaine
+50 places
Obtention d’un
permis de
construire
1 guichet
unique
1 mois
+15 places
La méthode de mise en
œuvre
Concrètement, il va s’agir
pour le gouvernement de
prendre une ordonnance
cadre de la simplification des
démarches administratives.
Celle-ci fixera les principes, ciblera les procédures et formalités administratives visées
N° 67 du mercredi 6 Mai 2015
par la réforme. Ce dispositif
nouveau de simplification va
tourner autour des guichets
uniques. Ces guichets uniques
seront créés pour les procédures d’enregistrement des
droits de propriété foncière,
de demande de permis de
construire, d’enregistrement
d’une entreprise. Ils seront
dotés de solutions technologiques qui simplifieront et fiabiliseront les processus de
traitement des demandes,
ainsi que le suivi de ce traitement par les usagers. Les délais et coûts de ces
procédures seront réduits, et
l’attractivité du Gabon s’en
trouvera améliorée tant pour
les entrepreneurs nationaux
qu’internationaux.
Par ailleurs, les processus
fonctionnels des agences et
administrations en charge de
délivrer les actes administratifs vont être revus et optimisés pour plus de rapidité et
de facilitation pour l’obtention des pièces.n
économie V
MAtin
EquAtoriAl
Le sillage d’un nouveau cadrage
macroéconomique du PSGE
Le Gabon récolte bien souvent des éloges à l’extérieur pour la qualité de ses « plans
», « stratégies » et autres « documents-cadre ». Mais tout le problème du développement du pays n’est pas résolu avec l’élaboration de ces « papiers », quelle qu’en
soit la pertinence. Il faut aller à l’essentiel, c'est-à-dire aux actes.
L
Pierre Ndoumou
es Gabonais continuent de
penser que leur pays disposant d’importantes ressources naturelles, cela signifie
qu’il a forcément beaucoup d’argent. Or une telle déduction est
fausse, parce que la valorisation
de ces ressources a été faible, elle
s’est cantonnée, et continue encore de se cantonner à quelques
secteurs historiques (mines, pétrole, bois). L’effort de diversification
économique
exige
aujourd’hui de rechercher à
mieux « vendre » le Gabon auprès
des bailleurs de fonds, pour attirer l’argent nécessaire à la transformation de ces ressources
naturelles en croissance, et donc
en richesses à partager entre
tous les Gabonais. Et même les
gouvernements successifs de
l’émergence, 6 ans plus tard,
n’ont pas appliqué à temps le
schéma initial fixé dans le PSGE,
c'est-à-dire l’élaboration d’une
politique de promotion des projets structurants du Gabon émergent
et
du
cadrage
macroéconomique avec des objectifs pluriannuels à atteindre.
L’on a voulu tout faire et en même
temps. Mais, comme dit l’adage,
« mieux vaut tard que jamais », le
PNAC a prévu la mise en place
d’une unité chargée des financements et des PPP.
Cette unité, dont la mise en place
est en cours, a pour mission de
faciliter les investissements publics et privés. Dans ce sens, elle
a notamment pour charge d’analyser le portefeuille projet du
PSGE, les modalités d’intervention des bailleurs de fonds et
grands investisseurs, et surtout la
préparation d’un plan de financement détaillé avec des échéances
précises.
Structurer d’urgence le portefeuille projets du PSGE
C’est une mission qui va consister
à faire une revue large des projets
d’investissement retenus de
façon sectorielle ou transversalement dans le PSGE. Son travail
consistera aussi à recueillir l’ensemble des informations pertinentes sur leurs caractéristiques
(impact économique et social, caractéristiques techniques, retour
sur investissement, comparaison
avec des projets similaires à
l’étranger). Dans ce volet, il est
question d’arrêter, au bénéfice de
toutes les administrations et opérateurs sectoriels (agences), une
méthodologie référentielle pour
hiérarchiser et classer les projets
selon les catégories définies en
termes de priorité et de mode de
financement. C’est à ce niveau
aussi que les projets pouvant
être mis en œuvre dans le cadre
de partenariats public-privé seront identifiés.
Connaitre les modalités d’intervention des bailleurs et
grands investisseurs
Pour obtenir les financements
des bailleurs de fonds, l’on doit
s’arrimer à leur méthodologie de
présentation et de validation des
projets, gage de l’efficacité. Le
Gabon doit faire le lobbying
comme les autres pays qui ont «
compris » depuis longtemps que
pour travailler étroitement avec
les bailleurs de fond, il faut identifier des personnes ressources
auprès des bailleurs actifs et ceux
encore non actifs présentant un
intérêt pour le Gabon. La Cellule
va donc réaliser un planning de
rencontres avec les bailleurs de
fonds intervenant au Gabon ou
ceux pouvant y intervenir. Entre
la prospective des conventions
de financement de projets et les
rencontres préalables, la Cellule
devra élaborer un recueil sur les
politiques d’intervention des
bailleurs, les domaines de
concentration des financements,
les processus de sélection de
projets, la préparation et la validation des projets, l’approbation
des contrats et les mécanismes
de suivi. L’objectif est simple :
permettre aux directions générales et agences de savoir dans
quel esprit travaillent ces bailleurs de fonds à la fois pour
mieux utiliser les financements
débloqués par eux, et donc s’astreindre aux justifications et
contrôles y afférents. Ce recueil
les aidera aussi à mieux présenter les demandes de projets destinés à l’examen de ces bailleurs
de fonds. Ce support va donc révolutionner la façon de travailler
de nos administrations et renforcer leur contribution au développement économique et à la
compétitivité du pays.
Des plans de financement détaillés des projets phares du
PSGE en vue
Le plan de financement est un tableau crucial du prévisionnel financier. Il permet de s’assurer de
l’équilibre financier d’un projet
en récapitulant, d’une part, l’ensemble des besoins financiers du
projet à satisfaire et, d’autre part,
les ressources apportées. Avec
cet instrument, le PNAC inaugure, au-delà des outils de gestion et de planification prévus
avec la BOP (PTM, PAP, CDMT),
un vrai cadrage macroéconomique du PSGE. Il va permettre,
quelque soit l’origine des financements
(publique/privée)
d’éviter les tensions budgétaires
d’antan et de prévoir, au cas par
cas, des dépassements budgétaires.n
Quid de la dématérialisation des procédures ?
La réforme de l'État, permanente, doit désormais
concilier l'adaptation des procédures administratives aux urgences et besoins réels du monde économique et même des ménages.
A.M
I
l en va de la compétitivité
de notre économie. C’est se
mettre aux standards des
pays émergents. Avec les nouvelles technologies de l’information
et
de
la
communication, il est désormais possible de faire à distance, certaines procédures
administratives. Il faut aujourd’hui se défaire du carcan
administratif (queues, piles de
papiers). C’est un volet de la
modernisation de l’administration pris en compte par le
PNAC. Il est un élément de
simplification administrative.
Entre les procédures douanières, fiscales, foncières, judiciaires et techniques (marchés
publics, autorisations), il existe
aujourd’hui un flux important
de procédures. La complexité
et le nombre trop important
de ces procédures administratives rendent peu attractif le
Gabon en termes de facilitation de la « vie » des opérateurs
économiques
et
d’attraction des investissements étrangers.
Dans la modernisation de
l’économie nationale, le PNAC
entend faire des « nouvelles
technologies de l'information »
un outil capital dans la simplification de ces procédures administratives. L'administration
va donc devoir se lancer dans
une opération rapide de mutation pour être un partenaire
adapté aux besoins des entreprises : paiement des droits et
taxes douanières, des impôts,
passation des marchés publics,
enregistrement foncier, etc.
Illustration de la procédure
de dédouanement
A titre illustratif, la dématérialisation des procédures de dédouanement et des formalités
du commerce extérieur va
permettre non seulement de
réduire les délais et les coûts
mais également d’améliorer le
contrôle.
La dématérialisation des procédures douanières va réduire
d’environ 70% la durée de la
procédure actuelle, passant en
moyenne de 58 à 18 jours. La
plateforme de déclaration et
de gestion va interconnecter
les administrations et entreprises (sociétés de transit) et
générer par étape les supports
et informations : déclaration,
paiement, services, archivage,
etc. Concrètement, via une
procédure d’enregistrement
préalable, les entreprises et
particuliers se voient attribuer
une e-signature qui leur permet d’effectuer leurs démarches en ligne, de procéder
à l’instruction puis au paiement du dossier. Du côté administratif, le suivi, le
traitement et l’archivage des
dossiers gagnent en efficacité
et en célérité. Ce type de solution ne coûtera pas forcément
de l’argent au budget de l’Etat
gabonais, le coût d’installation
pouvant être reporté sur les
paiements effectués par les
usagers pour l’utilisation de ce
type de solution dématérialisée. n
N° 67 du mercredi 6 Mai 2015
VI économie
MAtin
EquAtoriAl
Les petits pas de la simplification :
L’APIEX et l’e-taxe
L'administration gabonaise et son mode de fonctionnement font l'objet de
critiques tant de la part des entreprises que des particuliers. L’organisation,
le rôle et les missions de nos administrations doivent en effet être repensés
et adaptés à un contexte économique en pleine mutation.
S.M.E.
C
’est sur les administrations gabonaises que
les investisseurs et les
entreprises qui portent
l’émergence économique de
notre pays d’ici 2025 doivent
s’appuyer. La crise actuelle
du choc pétrolier sera-t-elle
le leitmotiv d’un mouvement
national de simplification administrative tous azimuts ?
L'administration gabonaise a
connu depuis 2009 quelques
réformes audacieuses. Des
expériences innovantes sont
menées dans de nombreux
domaines en termes de simplification. Le processus reste
porteur même s’il est balbutiant. C’est le cas de l’APIEX
et de l’e-taxe.
La création de l’ANPI
Créé pour améliorer l’envi-
ronnement des affaires au
Gabon et rendre le pays plus
attractif et plus compétitif
pour les investisseurs étrangers, l’APIEX vient d’être absorbée, dans le cadre de la
simplification des procédures et formalités pour plus
d’efficacité dans le traitement
des dossiers, le gain de temps
et d’argent pour les usagers,
avec deux autres structures
administratives. Il s’agit de
Centre de développement
des entreprises (CDE, guichet
unique) et de l’agence Promogabon (PME/PMI). C’est
une fusion qui va impacter
aussi, outre les procédures et
formalités administratives à
travers un guichet unique,
mais aussi les coûts de fonctionnement de ces anciennes
entités autonomes (rationalisation des emplois fonctionnels et non fonctionnels, des
budgets).
L’e-taxe
Les télé-procédures sont été
développées depuis février
2014 par la direction générale des Impôts(DGI), pour
permettre aux usagers de
s’acquitter de leurs obligations fiscales par voie électronique. Les télé-services
fiscaux sont actuellement ouverts aux entreprises rattachées à la direction des
Grandes entreprises qui ont
un chiffre d’affaires de 1,5
milliard de FCFA, mais aussi
aux entreprises rattachées au
Centre des impôts des
Moyennes
entreprises
d’Owendo
(CIME).
En
quelques clics, un opérateur
économique ou un investisseur a aujourd’hui la possibilité de télédéclarer et
télépayer ses impôts, simple-
ment depuis son espace personnel.
Dès janvier 2015, les services
des impôts ont renforcé l’offre de services aux entreprises via le portail internet
dédié. Il concerne les procédures et formalités suivantes
: taxe sur la valeur ajoutée,
acomptes et solde de l’impôt
sur les sociétés, redevance
obligatoire à l’assurance maladie (ROAM), taxe sur les
transferts de fonds et droits
d’accise.n
Le diagnostic du système fiscal gabonais
Le problème du système fiscal gabonais ne provient pas tant du taux de charge fiscale qui est relativement modéré par rapport aux voisins de la CEMAC (43,2% du bénéficie brut, contre 55,8%
en République du Congo ou 72,4% au Tchad…).
Vincent Eyi
L
e mauvais classement
relatif du Gabon s’explique essentiellement
par des questions de longueur et complexité de la
procédure de règlement des
impôts et taxes. Concrètement, les entreprises sont
tenues à 26 paiements en
moyenne par an. Ils consacrent 488 heures par an
rien que pour le règlement
des taxes et impôts en
moyenne. Au final, le Gabon
est classé 153ème pays sur
189. La complexité du système fiscal incite à rester
dans l’informel ou à frauder
le fisc. Un système fiscal
complexe
génère
des
risques de non-recouvrement de l’impôt. Rationaliser le dispositif fiscal est
bénéfique tant au contribuable qu’à l’Etat percepteur. Le
PNAC en fait un des axes
majeurs de la réforme.
Un dilemme pour l’Etat
Aujourd’hui, l’Etat est à la
croisée des chemins, à
l’heure des choix difficiles.
D’un coté les Assises nationales sur la fiscalité ont
confirmé le cap du gouvernement d’aller vers l’élargissement de la base fiscale du
pays afin de tenter de compenser la chute brutale des
recettes pétrolières ; de l’au-
N° 67 du mercredi 6 Mai 2015
tre coté, il faut rendre l’économie compétitive non seulement en simplifiant les
procédures fiscales, mais
aussi en incitant les investisseurs à s’installer au Gabon.
Dans le contexte actuel, il est
donc essentiel pour le
Gabon de revoir sa politique
fiscale (niches, abus d’exo-
nération). C’est un engagement du pays vis-à-vis des
partenaires au développement, que d’adopter un certain nombre de mesures
allant dans le sens du renforcement des capacités de
mobilisation des ressources
fiscales internes. En conséquence, l’on va vers un « dé-
périssement » progressif des
régimes fiscaux dérogatoires
et leur remplacement par
des incitations dégressives,
plafonnées et limitées dans
le temps pour un rendement
fiscal accru et une fiscalité
allégée.
Les sources de la complexité fiscale
Le système fiscal gabonais
est gangrené par plusieurs
causes structurelles qui ont
un impact réel sur les
manques à gagner, « tuent »
parfois l’initiative économique et in fine compromettent la compétitivité de
l’économie du pays. L’on dénombre grosso modo 6 facteurs bloquants : une
multiplicité des bases de calcul du ratio d’imposition
pour une même assiette fiscale ; des procédures de déclaration des impôts longues
et avec un faible suivi du
traitement du dossier fiscal ;
un manque de lisibilité des
mesures fiscales existantes ;
un processus de paiement
long ; un processus de réclamation et de traitement des
litiges inefficace ; une instabilité dans le temps des dispositifs fiscaux.n
économie VII
MAtin
EquAtoriAl
Pour une amélioration du remboursement
du crédit TVA aux entreprises
Quelque soit son régime d’imposition, toute entreprise d’importation peut prétendre au remboursement de la TVA. De quoi s’agit-il concrètement ? La TVA à
reverser à une entreprise par l’Etat est calculée par différence entre la TVA collectée sur les ventes (consommateur final) et celle déductible sur les charges
(cycle de production).
E
V.E
lle est payée normalement
le 20 du mois suivant. A
titre d’exemple : pour le
mois de mars 2015 (déclaration
mensuelle déposée en avril), une
entreprise constate un crédit de
TVA égal à 2 000 000 F CFA. Sachant qu’elle aura de la TVA à
payer pour le mois d’avril (déclaration en mai), elle décide de reporter son crédit pour l’imputer.
Ainsi, sur sa déclaration déposée
en mai, le montant de la TVA à reverser pour avril s'élève à 3 000
000 FCFA. Elle utilisera son crédit
pour s’acquitter en partie de
cette TVA. Elle n’aura alors à reverser que 3.000.000 –
2.000.000 = 1.000.000 FCFA.
C’est un mécanisme que l’on retrouve presque partout dans le
monde. Lorsque la TVA à déduire
est supérieure à celle perçue sur
ses ventes ou prestations de service, l'entreprise possède alors ce
qu’on appelle un ‘‘crédit de TVA’’
que les services de l’impôt doivent lui reverser. Même une entreprise qui n’a pas encore
réalisée des ventes ou prestations soumises à la TVA peut demander le remboursement de
son crédit TVA. Dans ce cas, la demande de remboursement porte
sur l’ensemble de la TVA déductible sur les frais engagés pour le
lancement de son activité. En revanche, il faut souligner que le
remboursement n’est pas obligatoire. Selon un expert comptable,
« l’utilisation du crédit de TVA est
laissée à l’appréciation de l’entreprise qui peut choisir soit l’imputation (report de son crédit TVA
pour le déduire sur le montant de
la TVA qu’il devra verser le mois
suivant), soit le remboursement
(pour des raisons de trésorerie ».
En effet, sous réserve des conditions à remplir, l’entreprise peut
choisir, ce qui est généralement
le cas, de se faire rembourser
tout ou partie de ce crédit de
TVA.
La procédure actuelle de remboursement de la TVA par la
DGI.
La DGI « s’efforce » de rembourser les crédits de TVA des entreprises en 30 jours. Car dans la
pratique, les arriérés de l’Etat aux
entreprises s’étalent aujourd’hui
sur plusieurs mois voire des années. Ils atteignent des montants
pharamineux : 240 milliards de
FCFA rien que pour le secteur du
Bois en juin 2014. Ce qui contri-
bue à alimenter les difficultés de
trésorerie de ces entreprises. La
procédure est que l’entreprise en
fasse explicitement la demande,
qui est étudiée dans un délai de
20 jours. Puis au bout au bout de
5 jours, elle doit se faire établir
un « Avis de remboursement » par
le Receveur des impôts des
Grandes entreprises. L’étape suivante est l’approbation de cet
avis de remboursement. En définitive, l’établissement et l’émission
des
titres
de
remboursement dûment signés
par la Recette des impôts de la
DGE se fait sous 2 jours. Les paiements interviennent par bons du
trésor ou par virement bancaire.
L’apport du PNAC pour endiguer les retards de remboursement
Un audit réalisé sur les retards de
remboursement de la TVA a
montré plusieurs points d’accrochage. L’amélioration en cours
permettra aux entreprises de ne
plus vivre la situation de ces dernières années avec des retards
importants dans le remboursement. Cet audit a notamment
mise en exergue : l’absence de référentiel commun pour le traitement, par les services des
Impôts, des demandes de remboursement de crédit de TVA ; la
pratique des « suspensions » sans
base légale ni réglementaire dans
le traitement des demandes de
remboursement de TVA et le
manque à gagner potentiel en
raison de l’absence d’encadrement légal et réglementaire du
processus d’octroi des exonérations.
Pour y remédier, il est prévu dès
cette année, dans la mise en œuvre
du PNAC, d’harmoniser la gestion
des demandes de remboursement de TVA par la formalisation
des procédures y afférentes, mais
aussi de renforcer le cadre réglementaire en vigueur régissant le
processus de demande de remboursement de crédit de TVA en
mettant un terme au procédé de
suspension de traitement. De
même, le PNAC prévoit le renforcement du contrôle du droit à déduction de la TVA dans la
perspective d’amoindrir le risque
de fraude attaché au processus déclaratif y relatif. Ces mesures
concrètes sont de nature à améliorer l’environnement des affaires
au Gabon et à crédibiliser l’Etat.n
Lutte contre le chômage :
Vers l’adéquation formation-emploi
Aujourd’hui, les principaux éléments du diagnostic du système gabonais d’éducation et de formation-emploi sont connus et largement par toutes les forces vives de la nation (patronat, PME,
administrations, associations et même partis politiques.
Vincent Eyi
L
es connaître, dans leur
urgence et dans leurs
multiples facettes, n’a
malheureusement pas suffi
pour les dépasser, puisque
l’éducation et la formation
professionnelle, malgré les efforts budgétaires consentis,
ne s’alignent pas aux besoins
de l’économie et de l’entreprise et de surcroît, comptent
parmi les secteurs les moins
performants (taux de réussite) et très instables (grèves
récurrentes). Les produits de
ce systèmes (étudiants, apprenants) sont peu « comestibles » par l’entreprise. Il en
résulte un taux de chômage
fort et une faible propension
des jeunes à l’entrepreneuriat
privé.
La réforme le droit du travail
et du dispositif de formation
professionnelle, telle que prévue dans le PNAC, va donc
s’appuyer sur trois leviers : la
réforme du dispositif de financement de la formation
professionnelle, la réforme du
cadre légal d’embauche des
apprentis et stagiaires et le
renforcement des capacités
et de la qualité des programmes pédagogiques des
centres de formation.
Un nouveau dispositif de financement
Elaboré avec les acteurs publics et privés concernés, un
décret va préciser les modalités pratiques de versement
de la taxe professionnelle,
jadis devenue caduque faute
d’application depuis 2000. Il
va également arrêter le mode
opératoire du dispositif de
formation professionnelle.
Un cadre légal d’embauche
des apprentis et stagiaires
Il s’agit d’un autre décret précisant les modalités de versement
de
la
taxe
professionnelle et le mode
opératoire du dispositif de
formation professionnelle.
Renforcement des capacités et de la qualité des programmes pédagogiques
des centres de formation
Ce troisième volet de la réforme se réalisera autour de
deux dispositifs. D’abord, à
court terme, un plan d’investissement dans le renforcement des capacités des
centres de formation professionnelle doit être élaboré. Il
s’agit à la fois des capacités
humaines autant que celles
des structures de formation.
Ensuite, l’implication des entreprises dans les conseils pédagogiques va permettre de
réorienter complètement les
formations proposées. Il va
s’agir de sortir des programmes théoriques pour
adopter une approche plus
pragmatique et simple dans
les « petits métiers » (conducteurs d’engin industriels ou
de BTP, métiers d’exécution
dans les secteurs comme les
mines et les hydrocarbures),
menuiserie, imprimerie, mécanique, froid, soudure...La
qualité des programmes pédagogiques doit permettre
également de « convertir » les
chômeurs de longue date bardés de diplômes de Master
pour leur donner des profils
adaptés à l’entreprise.n
N° 67 du mercredi 6 Mai 2015
VIII Politique
MAtin
EquAtoriAl
Augmenter de 50% le volume des IDE d’ici 2016
Si l’on note une augmentation nette des investissements privés (IDE) au Gabon ces dernières années, ceux-ci restent cependant insuffisants au regard des besoins du PSGE. A titre d’exemple, le montant des investissements directs étrangers
attirés en 2013 est de 489 milliards de FCFA, soit +49% d’IDE entre 2009 et 2014.
C
Aristide Bidza
’est pourquoi le PNAC a
été bâti avec la conviction selon laquelle un
dispositif national de mobilisation des financements privés et des partenariats
public-privé efficient doit impérativement voir le jour, afin
d’augmenter d’au moins 50%
le montant des investissements privés à partir de cette
année 2015.
L’objectif 2016, +50% d’IDE
est-il réaliste ?
La stratégie du PNAC vise à
augmenter d’au moins 50% le
montant des investissements
privés entre 2015 et 2016. Le
pouvoir émergent compte dès
cette année faire de l’économie la priorité de son action,
à moins de 20 mois de la présidentielle de l’année prochaine. Il compte donc
mobiliser tous les leviers en
sa possession pour accélérer
certaines réformes. D’abord,
c’est la faisabilité financière
de chaque projet qui constitue à coté de la stabilité politique et sociale dont jouit le
pays, et du succès du lancement des premiers grands
projets (OLAM, ZES de Nkok
depuis 2009), les facteurs clés
appréciables par les investisseurs. Ensuite, que ce soit la
dette extérieure comme la
dette intérieure (marchés,
tva, etc.), l’Etat devra davantage soigner sa crédibilité. Il
s’agit comme l’affirme le DG
de la Dette, Thierry Minko, de
faire du remboursement de la
dette un point d’honneur : «
Voilà pourquoi beaucoup d’investisseurs continuent de témoigner une grande confiance
à l’Etat gabonais».
Les réformes à mener dans
le PNAC
A partir de la mise en place de
la cellule chargée des mobilisations des financements du
Bureau de coordination du
PSGE, un travail de fond et
préalable sera mené. Il
consiste au recensement et
cadrage macroéconomique
de tous les projets susceptibles d’être montés en mode
PPP. Il va s’agir d’aller vers la
mise en place des partenariats forts avec l’Etat entre
2015 et 2016. Des grands
projets de concession et de
PPP devraient sur cette base
voir le jour. Un cadre amélioré
de promotion de l’investisse-
ment et un dispositif spécifique de développement des
PPP sera en parallèle mise en
place : simplification, dématérialisation, régimes économique, fiscal et financier
adaptés et en cohérence avec
la stratégie interne de viabilisation des finances publiques
à court, moyen et long
termes.
« Ce sont les seuls types de projets dont la rentabilité financière est vraiment garantie»,
assure un expert. Plus concrètement, l’on va aller vers l’organisation de «rounds » ou
sessions ad hoc de négociations avec les bailleurs de
fonds pour fixer leurs stratégies d’intervention au Gabon,
afin de mieux asseoir la diversification
économique
portée par ces projets sectoriels du PSGE (industries,
énergie,
infrastructures).
L’agenda de travail s’annonce
donc très serré dès cette
année, pour vite aménager les
préalables. Ce qui n’est pas
sans poser le problème de
l’attelage politico-administratif qui doit œuvrer pour qu’on
y aille vite.n
Promouvoir et systématiser les normes
Qualité « made in Gabon »
Luxe ou effet de mode ? La réponse peut paraître bizarre de dire ni l’un, ni l’autre. Et pour cause ? Le
Gabon vit de l’exportation de ses matières premières. Le vent de diversification insufflé depuis 2009
par le président Ali Bongo va dans le sens d’augmenter les produits (biens et services) des entreprises
opérant au Gabon.
tionnels d’ici la fin de cette
année. Ce qui suppose que les
compétences et l’expertise
nécessaire à la normalisation
(certification) des secteurs
économiques (services, industries, etc.).
A.B.
D
ans une économe fortement concurrentielle,
où il nous faut attirer
les investisseurs et les clients
(asiatiques, européens et des
pays du continent), la qualité
ne saurait ne pas être au rendez-vous. « Made in Gabon »
ou « je suis fabriqué » doit être
la marque qui promeut de la
qualité, de la fiabilité du
Gabon. D’autres pays comme
le Rwanda font figure de «
bons élèves » auprès des leurs.
Une exigence pour la compétitivité du pays
Un plan national d’ajustement
de la compétitivité qui se veut
sérieux doit aussi indiquer
aux opérateurs économiques
et aux services de l’Etat, l’importance de la démarche qualité. Non seulement, elle a
trait à la lutte contre la
contre- façon, la contrebande,
la piraterie, et d’autres actes
illégaux (falsification, braconnage de la faune et de la flore,
etc.), mais elle renvoie à la
qualité de nos administrations économiques et financières (rapidité, fiabilité et
sécurité des procédures). La
démarche qualité va donc
donner une valeur ajoutée
supplémentaire aux biens et
services « made in Gabon » et
donc à l’attractivité de notre
pays. Elle témoigne également de l’arrimage de notre
N° 62 du mercredi 1 Avril 2015
économie aux technologies
actualisées dans divers domaines économiques. De
plus, cela veut dire que le
Gabon aussi, à ses portes terrestres, aériennes et maritimes, va devenir plus
regardant sur les produits qui
sont importés dans l’optique
d’assurer la santé, et le bienêtre des consommateurs, et
partant des populations.
Aujourd’hui, plusieurs pans
de l’économie gabonaise ne
sont pas régis par des normes
Qualité, ce qui nuit à la compétitivité de nos marchés de
biens et services. L’élaboration de ces normes, leur diffusion, appropriation par les
acteurs concernés, puis le
contrôle rigoureux par l’administration, devrait tirer
vers le haut l’ensemble du
tissu économique et distin-
guer le Gabon dans la sousrégion. C’est à ce pari que le
PNAC tente de répondre en
prévoyant, au titre des réformes à engager par le gouvernement cette année, la
promotion et la systématisation des normes qualité.
La réforme de l’AGNOR en
ligne de mire.
L’Agence gabonaise de normalisation (AGANOR) est
l’organe dédié à la création et
à la promotion des normes
Qualité au Gabon. Cette
agence va être renforcée pour
mener à bien sa mission, indispensable à l’amélioration
de la compétitivité du Gabon.
Concrètement, les 24 comités
sectoriels, qui préfigurent des
secteurs clés de la croissance
et de la compétitivité du
Gabon, vont devenir opéra-
L’alignement de l’administration
publique
aux
normes qualités
La normalisation vise les activités économiques de production et de transformation,
mais aussi le secteur public, à
travers la certification des
procédures et l’authentification des actes, notamment à
caractère prioritaire (passeport, identité, agrément technique, permis de conduire,
fiscalité, douane, etc.). L’administration gabonaise devra
montrer l’exemple et s’appliquer elle-même des critères
de qualité de service. Un référentiel de qualité de service,
notamment d’accueil, que l’on
pourrait appeler le « référentiel Mbolo », serait élaboré et
diffusé. Les agents publics seraient sensibilisés à la question, formés aux nouveaux
préceptes, puis contrôlés et
évalués sur cette grille dans le
cadre de leur évaluation performance. L’exemplarité de
l’Etat sera un signal fort au
secteur privé pour qu’il
adopte les critères Qualité.n
Politique 5
MAtin
EquAtoriAl
Infrastructures
Il y a des chantiers qui avancent, fort heureusement !
Même si les Gabonais sont souvent râleurs et jamais satisfaits, à l’exemple des Français à qui l’on
ressemble parfois trop, même si tout ne marche jamais au rythme souhaité, la pire des erreurs serait
l’immobilisme. Le président de la République, soucieux de voir les choses évoluer, est régulièrement
sur le terrain pour constater de visu, comme il y a
quelques semaines, que plusieurs chantiers, à
Port-Gentil, Mouila et Libreville, avancent à un
rythme qui permet d’être optimiste.
S
N’Dende A’Ndzik
ous quel angle faut-il souvent apprécier les choses
de la vie ? Le verre est-il
à moitié vide ou la carafe estelle a moitié pleine ? Tout dépend, nous semble-t-il, de la
psychologie de celui qui regarde le récipient, mais aussi
des objectifs qu’il veut atteindre. Il en est de même de ceux
qui voient le pays reculer,
contrairement aux autres qui
estiment que le Gabon avance.
En tout cas, bon an mal an, audelà de la crise économique
qui touche de nombreuses nations, au-delà de la baisse des
cours du pétrole qui a des répercussions directes sur le
budget des pays comme le
nôtre, le chef de l’Etat tient à
garder le cap. « Les chantiers
en œuvre depuis un certain
nombre d’années sont en train
d’avancer », a-t-il déclaré, satisfait de l’évolution des travaux dans la Ngounié,
particulièrement dans les départements de la DouyaOnoye et Tsamba-Magotsi, sur
l’axe routier Mouila-Ndendé.
Ali Bongo Ondimba a ainsi pu
constater à quel rythme les
engins de l’entreprise Giudo
Sentulo Séricom s’activaient à
assurer le bitumage, sur la Na-
tionale 1, du linéaire MouilaNdendé, long de 75 km. Avec
plus de 18 km du tronçon déjà
bouclés, les ouvriers achèveront bientôt les travaux sur
cinq ponts. C’est également
dans le cadre de cette descente sur le terrain que les
trois plantations d’Olam Palm
Mouila, projet de 16.000 hectares, ont été visitées, notamment au niveau des sites de
Moutassou, à 17 km du cheflieu de la Ngounié, Mandji, au
nord-ouest de la province, et
Doubou, à 20 km de Mouila.
Le chef de l’Etat, tout en appréciant l’ambiance particulièrement joviale entre les
travailleurs, a noté avec satisfaction la croissance des palmiers plantés il y a à peine
trois ans. Le périple présidentiel s’est achevé à l’Ecole de
formation des militaires de
Mandilou qui, selon les responsables, sera livrée en
2016.
Les chantiers entamés dans la
capitale économique du
Gabon figuraient pareillement
dans l’agenda du président de
la République. La première
étape était la visite guidée des
travaux de l’aéroport international de Port-Gentil, avec une
forte ambition de développement économique et d’ouver-
ture au monde. Ensuite, les
chantiers d’Ozouri A et B, situés dans les environs d’Omboué, où est construite la
route Port-Gentil - Omboué,
longue de près de 91 km, et
dont les ponts provisoires de
l’Ogooué, du Nkomi et de
Booué, ainsi que les pieux des
ouvrages définitifs ont été
posés, dans le respect des
orientations du Schéma national d’infrastructures. Dans sa
stratégie nationale de développement économique et social du pays, le chef de l’Etat
compte permettre l’accélération des échanges entre la
presqu’île enclavée qu’est la
province de l’Ogooué-Maritime et les autres provinces
du Gabon, en réalisant sa
connexion au reste du réseau
routier national. L’enjeu majeur est l’écoulement par voie
terrestre des marchandises,
des denrées et autres produits, les populations pouvant
enfin, dans un sens comme
dans l’autre, se mouvoir avec
plus de liberté. C’est par ailleurs au cours de cette même
visite que le chef de l’Etat a
lancé le début des travaux
d’assainissement des bassins
versants de la ville de PortGentil, travaux confiés à la société Acciona.
Au niveau de la capitale gabonaise, le chantier du stade
Omnisports est aussi inscrit
parmi les priorités, lorsqu’on
sait que la Coupe d’Afrique
des Nations se jouera à Libreville en 2017. Selon les ouvriers
d’Entraco,
cette
structure imposante sera
prête pour offrir aux Gabonais
des moments de joie et de détente pendant la CAN. L’on
peut également retenir qu’à la
suite de la restauration du
Centre hospitalier de Libreville, la construction des Centres
hospitaliers
universitaires (CHU) d’Angondjé,
Lambaréné
et
Owendo, les bâtiments de la
nouvelle fondation Jeanne
Ebori, dédiée à la mère et l’enfant, sortent peu à peu de
terre. D’une superficie de
15.450 m² et d’une capacité
d’accueil de 120 lits, c’est un
cadre qui abritera bientôt des
services dotés d’équipements
technologiques de dernière
génération (imagerie, pédiatrie, urgences, traumatologie,
maternité, rééducation fonctionnelle, etc.). De quoi garantir une meilleure prise
sanitaire des populations
concernées.n
N° 67 du mercredi 6 Mai 2015
6 Economie
MAtin
EquAtoriAl
Woleu-Ntem :
Les bons points de l’agriculture
A la traîne depuis 2008, le Pacte national du Programme détaillé du développement de l’agriculture africaine (PDDAA) avait finalement été relancé en mai 2013
par le gouvernement et les partenaires au développement (Banque Mondiale,
FIDA, CEMAC).
Alban Moussavou
P
artant du constat que le
développement
de
l’Afrique a pour base
l’agriculture, le PDDAA a été
conçu par le gouvernement afin
de pallier les insuffisances agricoles du pays. Pour le Gabon
qui exporte plus 25 milliards
annuels en produits agricoles,
le PDDAA apparait comme la
première et véritable riposte
du gouvernement en matière
de sécurité et d’autosuffisance
alimentaire. L’exécution de ce
projet s’est déclinée sous l’appellation PDAR (projet de développement agricole et rural) ;
une approche territoriale ci-
blant, pour chaque province du
pays, les cultures cibles, c’est-à
-dire les plus habituellement
produites en vue d’aboutir à
des rendements plus performants pour stopper à terme
l’importation de ces victuailles.
Le PDAR, un projet structurant
Le projet de développement
agricole et rural fonde son action sur deux objectifs spécifiques : d’abord développer les
filières prioritaires porteuses
que sont le manioc, la banane
plantain et l’arachide. Ensuite
veiller à renforcer les capacités
des différents acteurs de ces filières prioritaires et de leurs
organisations et celles institutionnelles en matière de ser-
vice d’appui au monde rural.
Ces axes sont en harmonie avec
le Plan stratégique Gabon
émergent (PSGE), et les autres
programmes sectoriels de développement (Nouvelle politique agricole du Gabon
(NPAG), Politique agricole de
sécurité alimentaire et de
croissance (PASAC), Programme national de sécurité
alimentaire (PNSA), Plan directeur de développement intégré
de la pêche artisanale
(PDDIPA), Stratégie nationale
et le plan d’actions pour le développement du secteur des
produits forestiers non- ligneux).
L’expérience Woleu-Ntémoise fait école...
Au niveau du Woleu-Ntem, le
projet a concerné 17 villages
sur 30 ciblés initialement. Ces
villages bénéficient depuis trois
ans de l’appui technique et fi-
Ecole des mines et de métallurgie de Moanda
Sur le rail de l’émergence
Du 28 au 30 avril dernier, à travers un séminaire animé à Libreville, le gouvernement a enclenché le processus
d’élaboration des contenus pédagogiques de la future Ecole des mines et de métallurgie de Moanda (EMMM).
L
Mo’Mabike
e plus grand producteur
de manganèse du Gabon,
la Compagnie minière de
l’Ogooué (Comilog), inaugurait
en août 2014 la toute première
usine de transformation du minerai au Gabon. Ce qui constituait une avancée importante
pour la politique économique
du pays qui vise à faire du
Gabon, non plus un simple exportateur de ressources naturelles brutes, mais une
économie reposant sur une industrie à valeur ajoutée.
Pour en faire un package complet, Ali Bongo avait procédé,
en octobre 2012, à la pose de la
première pierre de l’École des
mines et de métallurgie de
Moanda, située à une dizaine
de kilomètres de la cité minière, sur l’axe menant à Franceville. «L’Ecole des mines et
de la métallurgie de Moanda
est un projet important qui
s’inscrit dans la politique du
Gabon émergent initiée par le
chef de l’Etat Ali Bongo Ondimba», déclarait à l’époque
Régis Immongault Tatangani,
ministre en charge de l’Energie
et des Mines.
Ainsi, la nouvelle école qui formera des techniciens supérieurs et des ingénieurs dans
des spécialités telles que la géologie, les mines, la minéralur-
gie, l’hydrométallurgie, la pyrométallurgie, a fait l’objet d’un
séminaire de validation de ses
contenus pédagogiques du 28
au 30 avril dernier à Libreville
par le ministre des mines, avec
en ligne de mire la fourniture
de profils adaptés à la demande
dans le secteur minier. Au
terme de ce séminaire, les experts ont statué sur les modalités de sélection des étudiants,
les diplômes d’ingénieur de
spécialisation et de licence professionnelle. Des experts de
l’Ecole nationale supérieure de
Nancy ainsi que ceux de l’Ecole
N° 67 du mercredi 6 Mai 2015
nationale supérieure des industries chimiques de France
ont participé à ces travaux.
Encore en construction, l’établissement se déploiera sur
une superficie de 40 ha comprenant des bâtiments administratifs, et d’autres destinés à
la dispensation des cours, avec
un campus équipé d’infrastructures informatiques à très haut
débit qui permettront la tenue
de cours à distance.
La gabonisation de la main
d’œuvre industrielle
L’intégration d’un volet indus-
triel dans tous les projets relatifs aux ressources naturelles,
conjuguée au développement
d’instituts de formation spécialisés dans plusieurs secteurs
clés parmi lesquels l’institut du
pétrole et du gaz de Port-Gentil,
l’école supérieure des métiers
du bois de Boué et l’école des
mines et de métallurgie de
Moanda qui devrait ouvrir ses
portes l’année prochaine,
contribueront non seulement à
accroître la capacité de production nationale, mais aussi à
créer les emplois qui seront
systématiquement occupés par
la main d’œuvre locale qualifiée, sortie de ces instituts spécialisés.
Les efforts consentis par le chef
de l’Etat Ali Bongo s’inscrivent
dans une stratégie globale de
diversification connue sous le
nom de Gabon émergent. D’autre part, de nombreuses initiatives restent possibles pour
conduire résolument le pays à
la gare de l’émergence. C’est le
cas, notamment, des projets de
création d’usines d’engrais chimiques à Port-Gentil, de diversification de l’industrie de
transformation du bois et d’intensification de la production
agro-industrielle qui viendront
améliorer l’état de santé de nos
agrégats économiques et les
conditions de vie des Gabonais.n
nancier de ce programme. Une
étude du ministère de l’Agriculture a permis de dégager les
enseignements et le bilan à miparcours de ce programme qui
doit se terminer en 2017.
Treize de ces villages ont eu un
bénéfice direct, et quatre autres
de façon indirecte. Concrètement, l’impact du PADAR au
Grand Nord se présente ainsi :
une augmentation du nombre
de plantations, qui sont passées
de 2802 en 2010 à 2855 en
2014 ; du point de vue de la
production du manioc, par
exemple, 58% des femmes interrogées ont déclaré avoir enregistré
également
une
augmentation dans ce domaine.
Pour la production de la banane, 35,2% des femmes ont
enregistré une hausse alors que
33,9% disent avoir plutôt
connu une stagnation en ce qui
concerne ce produit. En revanche, c’est la production
d’arachide qui a plutôt stagné,
selon 43,0% des femmes interrogées, voire diminué (pour
38,7% de ces femmes). Seules
18,3% des femmes interviewées ont dit avoir enregistré
une augmentation de la production d’arachide. L’effet positif du
PDAR s’est également traduit
par une hausse de commercialisation : le taux de commercialisation, en effet, est passé de
38% en 2010 à 59,3% en 2014,
soit une hausse de 21,3 points
par rapport à 2010.
D’ici 2017, le PADAR doit permettre dans ces villages, la
construction d’infrastructures
rurales permettant de doper la
commercialisation des produits
issus des groupements encadrés par le PDAR et tous les autres producteurs agricoles. Ce
qui exige une approche plus
globale au regard du réseau interdépartemental difficile à
pratiquer en toute saison et des
marchés municipaux.n
MAtin
Société 7
EquAtoriAl
Présumé détournement des fonds destinés aux logements des enseignants
Jean Rémy Yama dans le viseur du parquet
Moins percutant depuis que plusieurs d’entre eux, notamment les enseignants, ont été mis sur bons de caisse au mois de mars, la Dynamique unitaire est en passe d’encaisser un nouveau coup de massue qui risque de signer définitivement l’acte de décès de ce regroupement d’agents publics et de retraités civils et militaires.
L
M.M
e modérateur actuel du
mouvement syndical
Dynamique unitaire a
reçu une convocation de la
police judiciaire le 27 avril
dernier. L’assignation qui est
à mettre à l’initiative du parquet fait suite aux publications récentes du quotidien
l’Union impliquant ce leader
syndical dans une affaire de
détournement de trois milliards de francs CFA, destinés aux logements des
enseignants-chercheurs.
C’est au sein de l’université
Omar Bongo que Jean Remy
Yama, modérateur de la Dynamique unitaire, a tenu un
point de presse le 30 avril
dernier pour informer l’opinion nationale sur la question. La convocation ne fait
l’objet d’aucune plainte et
est le fait d’une mesure du
parquet qui a décidé de s’autosaisir de l’affaire des trois
milliards de francs CFA alloués à la Société civile immobilière Serpentin pour
des travaux sur le site d’Angondjé, d’une superficie de
36,71 hectares. Si la rencontre a finalement été reportée
à une date ultérieure, des interrogations persistent sur
les réelles motivations de
cette convocation.
«Je suis surpris que la convocation ait été annulée. Mais
je suis également surpris de
la procédure. Parce que l’argent public, la seule façon de
vérifier la bonne utilisation
de l’argent public, c’est de
faire une expertise des travaux effectués», a souligné le
mis en cause. Jean Remy
Yama déplore de ce fait la focalisation qui est faite sur sa
personne. C’est la raison
pour laquelle il invite vivement le procureur et le gouvernement à faire un tour
sur le chantier des logements des enseignantschercheurs. Pour lui, s’il y a
une insistance faite sur sa
personne, «c’est que les motivations sont ailleurs. Mais
je répondrai toujours aux
convocations. Sauf que je
n’irai jamais seul. J’irai avec
mes camarades enseignantschercheurs, travailleurs, pour
entendre ce qu’ils ont à me
reprocher», a-t-il déclaré.
Au cours de ce point de
presse, le modérateur de la
Dynamique unitaire n’a pas
manqué de rappeler que les
fonds qui font l’objet de sa
convocation à la police judiciaire étaient destinés à la
viabilisation du site d’Angondjé et non à la construction des logements. Ils ont
été utilisés comme tel. C’est
pourquoi, au lieu de se limiter aux propos qu’il qualifie
de «mensongers», publiés
par le quotidien l’Union, le
parquet gagnerait à commettre une expertise des
travaux déjà réalisés.
Toutefois, nombreux sont
ceux-là qui voient en cette
convocation une machination
du gouvernement dans le but
de museler l’action syndicale
portée par ce mouvement.
D’ailleurs, pourquoi le 30 avril
? Sans doute parce que gardé
à vue pour nécessité d’en-
quête, Jean Remy Yama n’aurait pu recouvrer la liberté
que le jeudi 6 mai, pour la simple raison que les 72 heures
conventionnelles de garde à
vue ne prennent pas en
compte les jours fériés et
week-end. Toute chose qui aurait empêché le modérateur
d’animer l’AG prévue pour le
lundi 4 mai et désormais renvoyée au lundi 11 mai.
Rappelons que le modérateur
n’est pas à sa première interpellation du genre. Au tout
début de la montée en puissance de ce mouvement syndical, l’ancien SG de l’USTM,
d’ailleurs révoqué de ses fonctions récemment, avait été accusé de faux et entendu par le
procureur du tribunal de
Franceville, avant que cette affaire ne soit classée.n
Grève à Gabon Télécom
Le silence complice du gouvernement
Depuis le 24 février 2015, le Synatel (Gabon Telecom) observe un mouvement d'humeur. Après près de deux
mois et demi de grève, avec des motifs connus du gouvernement Daniel Ona Ondo, aucun début de dénouement ne pointe à l’horizon.
L
M.M
e mouvement qui dure
depuis plusieurs semaines déjà est la conséquence
de
différentes
situations générées par la privatisation de Gabon Télécom,
il y a huit ans. En 2007,
lorsque Maroc Télécom rachète Gabon Télécom, la société est divisée en deux. Une
direction qui manage le service du téléphone fixe et de
l’Internet, et une filiale qui
s’occupe de la téléphonie mobile. Sur les 1 800 employés,
1 400 sont limogés et 380
conservent leur poste. Les
Marocains fusionnent Gabon
Télécom et sa filiale Libertis.
Apparaît alors une première
difficulté : le déficit criard de
personnel. À cela s’ajoute la
différence entre les salaires
perçus par les agents de Libertis et ceux de Gabon Télécom .Le personnel de
l’ex-Libertis est mieux payé.
Des injustices que le Syndicat
national des télécommunications souhaite corriger. Il invite alors les dirigeants à leur
payer la prime relative à la
mutualisation des deux entités, Gabon télécom et Libertis, intervenue depuis 2007, à
harmoniser les grilles salariales entre Gabon télécom et
Libertis suite à la fusion des
deux administrations, et à
rendre effectif l’acte de cession des 5% des parts d'action au personnel de Gabon
Télécom, qui aurait dû prendre effet à partir de 2008,
conformément au pacte d'actionnaires signé entre le
groupe Maroc Télécom et
l'État gabonais.
Le paradoxe dans cette affaire est l’aphonie du gouvernement Ona Ondo qui,
conformément au principe
de continuité de l’administration, aurait dû prendre cette
affaire à bras-le-corps au lieu
de détaler sous prétexte qu’il
n’a pas science des dessous
de l’affaire. Surtout que l’agonie dans laquelle est plongé
ce secteur, capital pour l’économie et l’ouverture au reste
du monde, fait planer le
risque d’une nouvelle suspension des fournitures des
réseaux téléphonique et internet. Pis, plusieurs chefs de
famille sont aujourd’hui sans
salaire pour avoir réclamé
leurs droits, contrairement à
l’article 351 du code du travail en République gabonaise. Une attitude du
gouvernement qui ne cadre
pas avec la justice sociale
prônée par le chef de l’Etat et
dont il détient pourtant la
feuille de route.
Menace de suspension des
fournitures des réseaux
téléphonique et internet
Abandonnés à eux-mêmes,
les agents grévistes membres
du Synatel ont jusque-là respecté la loi en matière de
grève, en mettant en place un
service minimum permettant
aux nombreux abonnés de
Gabon Télécom et de Libertis
de téléphoner et de naviguer
sereinement. Dans un proche
avenir, ces derniers envisagent de prendre d’autres mesures qui risquent d’aboutir à
la perturbation des services
de téléphonie mobile et d’internet.
Les agents grévistes qui estiment avoir respecté la procédure, conformément au code
du travail gabonais, fustigent
l’attitude arrogante et désinvolte de la direction générale
qui foule au pied la loi en matière de règlement des
conflits, en suspendant les
salaires des agents grévistes
depuis deux mois. Ainsi que
la sourde oreille expressément entretenue par le gouvernement face à leur
mouvement de grève.n
La prime de la mutualisation engloutie par la « mafia » gabonaise ?
M
ême si les dirigeants
de Gabon Télécom
restent muets comme
des carpes sur la quasi-totalité des revendications des
agents grévistes, ils sont plutôt bavards en ce qui
concerne la prime relative à
la mutualisation des deux entités Gabon Télécom et Libertis en 2007, qu’ils disent
avoir déjà épongée. «Il n'est
pas concevable que la direction générale nous rabâche
tous les jours que la mutualisation a été payée depuis
2011, alors qu'aucun agent
de Gabon Télécom n'est jamais entré en possession de
cet argent», dénonce un
membre du Synatel.
Or, quoiqu’ils ne cessent de
seriner que la prime de la
mutualisation a été payée en
2011, les dirigeants de
Gabon Télécom n’ont toujours pas dit à qui ils ont
versé cet argent, puisque les
ayants-droit s’égosillent à
dire qu’ils ne l’ont pas perçu.
Il suffirait donc que la direction générale révèle à qui elle
a remis cet argent, avec les
preuves y relatives. Surtout
qu’une plainte pour faire la
lumière sur cette affaire a
déjà été déposée au tribunal.
Et si certains pensent que les
déclarations des dirigeants
ne sont que des mensonges,
d’autres se risquent à dire
que cet argent a pu être détourné par ceux qui estiment
en avoir plus besoin que les
ayants-droit. Surtout que les
détournements sont devenus
monnaie courante dans la
République et que les auteurs
de tels crimes ne sont pas
souvent inquiétés par la justice, encore moins par la
commission nationale de
lutte contre l’enrichissement
illicite (CNLCEI) qui, à ce
jour, reste une cellule d’enregistrement, sans plus.n
N° 67 du mercredi 6 Mai 2015
8 Société
MAtin
EquAtoriAl
Journée mondiale de la liberté de la presse
Célébration en différé au Gabon
C’est sous le thème « Laissez la presse prospérer ! Vers une meilleure couverture de l’information, l’égalité des genres et la sécurité des médias à l’ère du
numérique » que les festivités liées à la journée mondiale de la liberté de la
presse ont finalement eu lieu le lundi 4 mai dernier à Libreville.
Paola Mbandeonga
O
rganisée par le ministère de la
Communication, des relations
avec les institutions constitutionnelles, porte-parole du Gouvernement, la journée mondiale de la liberté
de la presse a réuni à la maison
Georges Rawiri à Libreville, les professionnels et patrons des médias, tous
supports confondus. Trois sousthèmes ont servi, autour du thème
central, de catalyseur pour les divers
exposés et débats qui ont suivi.
La Gouvernance de l’Internet et le
journalisme
L’exposant, Cyriaque Didier Kouma,
directeur général de la promotion de
l’économie numérique, a tenté d’expliquer et de séduire les uns et les autres
sur la nécessité et les procédés de l’in-
ternet dans le cadre du traitement et
de la diffusion de l’information sur
l’ensemble du territoire et au-delà. Cependant, il aura du mal à justifier certains choix gouvernementaux de
«censure» ou de « suppression» du réseau internet, à des moments bien
précis et plutôt bouillonnants de l’actualité nationale.
La question de la gestion de la fibre
optique par un seul fournisseur a été
également évoquée, sachant que l’exclusivité de la distribution confère à ce
dernier un statut indispensable et incontournable en cas de grève ou d’autres manifestations d’humeur. Pour
sieur Kouma, le débat sur la gouvernance de l’internet et le journalisme
devrait contribuer à booster les
hommes des médias gabonais, dans
cet univers concurrentiel à désormais
très large spectre. Ce, afin de donner à
chaque fois une information toujours
plus crédible.
L’Inévitable question de
l’égalité des genres
Le sacro-saint débat sur l’égalité
hommes-femmes dans la pratique du
journalisme a assurément été l’un des
points culminants de cette rencontre.
La conférencière Félicienne Nyangono
n’aura pas réussi à faire l’unanimité
sur le fait que la femme est elle-même
à l’origine de sa « marginalisation »
dans la presse gabonaise. Entre la volonté politique et les lourdeurs sociologiques, il lui reste pourtant sa
volonté propre de parvenir à se faire
considérer autant que ses confrères
masculins.
L’exemple occidental a d’ailleurs été
L’ère du numérique et
ses corollaires
Le dernier sujet à débattre portait sur
« la sécurité du journaliste et la préservation des sources à l’ère du numérique
». Aujourd’hui, il n’est pas inhabituel
d’apprendre qu’une radio ou une
chaîne de télé- à l’instar de TV 5 ré-
Consommation
L’urgence d’assainir le réseau
de distribution des aliments
Face à la consommation des produits alimentaires à la dangerosité avérée
sur la santé des populations, la sécurité sanitaire est un impératif catégorique au Gabon.
M
A.G.B.
élanie, 30 ans, continue de ruminer son malheur quelques
semaines après le repas de
noces qu’elle a offert à ses convives. Elle
avait acheté dix cartons de poissons
avariés, et c’est au moment de les écailler qu’elle s’en était rendu compte.
Alors qu’elle croyait certains poissons
mangeables, plusieurs invités ont dégusté des morceaux pourris et ont crié
au scandale. Comme cette femme, de
nombreux Librevillois achètent chez
les épiciers, dans les magasins et dans
les marchés et consomment souvent à
leurs risques et périls des congelés et
surgelés corrompus.
« J’ai acheté deux kilogrammes d’ailes de
dinde pourries, imaginez ma gêne au
moment de servir le repas à mon époux
et à mes enfants», s’indigne une ménagère. Les consommateurs souvent désabusés restent impuissants, sans
véritablement savoir à qui se référer
pour mener quelques actions de représailles. Et du coup, le commun des Gabonais s’interroge sur la provenance, le
conditionnement et surtout la qualité
de ces viandes et poissons qui se retrouvent sur nos tables et achèvent leur
course dans nos palais. Comment ces
produits avariés parviennent-ils à être
vendus sans être au préalable soumis
au contrôle qualité ? Que fait le service
phytosanitaire de nos ports et aéroports pour laisser tant de personnes se
mourir à petit feu ?
Que dire donc d’autres aliments que
nous consommons au quotidien dans
un coin de rue : fruits non lavés, eaux
saumâtres, gâteaux poussiéreux, volaille cuite dans des conditions d’hygiène douteuses ou catastrophiques…
Selon les estimations de l’organisation
mondiale de la santé (OMS), Les aliments insalubres sont à l’origine de
deux millions de décès par an. Parmi
ceux-ci, de nombreux enfants. Les aliments contenant bactéries, virus, parasites ou des substances chimiques
sont responsables de plus de 200 maladies, allant des diarrhées aux cancers.
Ainsi, la célébration de la journée mondiale de la santé le 7 avril dernier sous
le thème : « Sécurité sanitaire des aliments » tombait à pic, dans un contexte
gabonais et précisément à Libreville,
où ce problème se pose avec acuité.
Selon l’OMS, de nouvelles menaces
pour la sécurité sanitaire des aliments
apparaissent sans cesse. «Les changements qui interviennent dans la production, la distribution et la
consommation des aliments, les chan-
MAtin
équAtoriAl
JOURNAL D’INfORMATION ET D’ANALYSES
[email protected]
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Tel: 07.07.78.28/02.07.50.10
N° 67 du mercredi 6 Mai 2015
gements environnementaux, les agents
pathogènes nouveaux et émergents, la
résistance aux antimicrobiens posent
autant de problèmes aux systèmes nationaux de sécurité sanitaire des aliments. Le développement des voyages
et du commerce accroît la probabilité
d’une propagation internationale de la
contamination. »
A ce sujet, l’Organisation gabonaise
des consommateurs (OGC), Ibrahim
Tsendiet Mboulou, a indiqué que «les
gens doivent être informés et éduqués
sur les dangers encourus à manger des
aliments malsains». Problème d’éducation et surtout de civisme, on en
convient, mais surtout le problème
lancinant de la baisse du pouvoir
d’achat ou de la précarité ambiante. Il
est impérieux que les uns et les autres
prennent véritablement conscience
des dangers encourus par une alimentation malsaine. Les pouvoirs publics
devraient adopter un arsenal réglementaire répressif contre la vente et la
distribution des produits présentant
des risques sur la santé des populations. Des brigades mixtes de contrôle
doivent ratisser dans les quartiers et
infliger de lourdes amendes aux
contrevenants car les vies de nombreux Gabonais en dépendent.n
Directeur de la Publication:
Madre NGUIMBY
Directeur de la Rédaction:
Paul NZOGHBAM
Rédacteur en Chef:
Roger OKILI
Secrétaire de Rédaction:
évoqué en comparaison. De l’autre
côté de la Méditerranée, les femmes
journalistes ont fini par obtenir le
droit d’être envoyées en mission sur
des terrains de guerre. Elles sont par
ailleurs désormais aussi nombreuses,
sinon plus, à occuper des postes de
responsabilité dans des entreprises de
média.
cemment- a été piratée par des
hackers. Idem pour des adresses électroniques ou comptes virtuels. François Ndjimbi, directeur du site
d’actualités Gabon Review, a laissé entrevoir dans les échanges qui ont suivi
son exposé, les multiples possibilités
qui existent via le numérique et qui
permettent de se protéger et de protéger ses sources d’informations.
À l’ère où le numérique et internet
semblent avoir pris le contrôle, l’information aussi se doit d’évoluer. La notion de scoop est désormais révolue
dans le contexte national, seules la valeur ajoutée et l’expertise dans des domaines précis de l’actualité
comptent.n
Micro-trottoir
Pensez-vous que la presse soit
libre au Gabon ?
Jean Pascal Ndong, Président de
l’Union de la presse francophone/Gabon
« Nous constatons qu’au niveau du
cadre juridique, des éléments ont été
mis en place pour que la liberté de la
presse soit effective. On vous dira par
exemple qu’au Gabon le journaliste
est libre d’écrire sur n’importe quel
sujet, parce que la constitution lui
accorde cette liberté. Mais dans les
faits, dans la pratique de tous les
jours, c’est plus ou moins le
contraire. Nous le vivons au quotidien et je puis même vous dire que
dans ce domaine précis de liberté de
la presse, nous sommes en train de
reculer. Pourtant, il y a quelques années, nous évoluions dans un univers
plus ou moins propice. Mais à l’heure
actuelle, du moins en ce qui me
concerne, je crois que nous avons
considérablement rétrogradé».
François Ndjimbi, Directeur de
Publication Gabon Review
« Dans mon site, nous nous permettons des choses, nous avons une liberté de ton qui est connue de tous.
Je ne pense pas que nous ayons
connu jusque-là une entrave. On a
bien connu quelques procès parce
Arthur MBADINGA
Comité de Rédaction :
Vincent Eyi
Roger Okili, Alban Moussavou
Jacques Okeng
Constantin Toukoule-Mè
Jacqueline Mubokianu
que ce n’est pas une science exacte
que nous faisons, le journaliste peut
se tromper et il peut arriver qu’une
personnalité se fâche. Mais à part
cela, je crois qu’il y a une réelle liberté de la presse au Gabon. Nous
avons bien quelques journalistes en
exil, mais nous ne comptons aucun
journaliste en prison au Gabon. Nous
avons bien des journaux comme «
Faits divers » ou encore « Echos du
Nord » qui paraissent sans problème. Donc je voudrais dire qu’en
terme de liberté de la presse, le
Gabon n’est pas si mal noté, même si
au vu du classement régulièrement
fait par Reporters sans frontières, il
n’occupe pas toujours le meilleur
rang ».
Nina Massounga, technicienne
de prise de vue, Téléafrica
Pour moi la liberté de la presse
passe par la liberté du journaliste
d’abord. Et au Gabon, le journaliste
n’est pas ce qu’on peut appeler
libre. Il est contraint, de façon directe (par son employeur), ou indirecte d’écrire ce qui va dans le
sens voulu par le pouvoir en place.
L’information ne peut être traitée
en toute objectivité par crainte de
censure, ou de sanction, selon le
cas.n
Infographes:
Marcel OLENDEY
Zambo Linus
Impression: MULTIPRESS:
TIRAGE:
5.000 exemplaires
Distribution : SOGAPRESS